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[SAM a vu] Cy Twombly, Photographs, à Bruxelles |
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Par François Collet
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Le Bozar à Bruxelles expose un pan méconnu de l’œuvre de Cy Twombly, géant de l’art américain d’après-guerre disparu l’été dernier : son travail de photographe. ![]() Cy Twombly, Interior, Rome, 1980, dryprint on cardboard, 43,1 x 27,9 cm, courtesy : Schirmer/Mosel Verlag - Fondazione Nicola del Roscio
En margeCy Twombly est longtemps resté dans l’ombre et son œuvre a été reconnue sur le tard, surtout en comparaison avec ses camarades et amis tels Rauschenberg, Motherwell, Jasper Johns ou Franz Kline. S’il a largement été comblé d’honneurs depuis, tout en restant farouche, refusant les interviews et limitant ses apparitions, retiré dans son village italien entre Rome et Naples, le pan photographique de son œuvre est une découverte très récente. Twombly photographie pourtant depuis une soixantaine d’année, et n’a guère quitté son Polaroïd depuis ses années d’études. La découverte, ce fut l’exposition Le Temps retrouvé, Cy Twombly photographe et artistes invités, en Avignon, dans la collection Yvon Lambert, galeriste historique en Europe et intime de Twombly. Le Bozar en présente aujourd’hui une nouvelle sélection. Ses photographies ne devraient pourtant pas nous surprendre : le travail de Twombly a toujours été extrêmement varié, malgré les obsessions, regroupant des formes, des techniques et des pratiques diverses, de la peinture au dessin jusqu'à la sculpture. Toujours inclassable, en marge et autour des courants les plus importants du XXe siècle, Cy Twombly transcende leurs problématiques, caduques chez lui, comme celles de l’abstraction et de la figuration. La règle du JeL’exposition présente plus d’une centaine de clichés choisis avec l’artiste peu avant sa mort. Ce sont des copies par impression à sec des polaroïds d'origine, qui rendent bien justice aux tonalités de couleur si particulières du pola. Ces images sont habilement mêlées à des œuvres plastiques, dessins et peintures, notamment la sublime toile Sans titre (Rome), 1966, progression gestuelle, convulsive de cadres blancs sur un fond noir épais et comme griffé, balayé.
Tout de suite, dans ces photographies, ont est frappé par la présence des thèmes majeurs de l’artiste, mais aussi et surtout par un sens du détail, un sentiment de la couleur. Une obsession du gros plan qui rappelle l’envahissement chromatique de ses fameuses fleurs, leur côté « hors d’échelle ». Un travail sur le travail aussi, avec les photographies d’atelier, mais également une œuvre qui fonctionne par séries, notamment celle autour des roses : la première photo est un très gros plan, puis l’on recule chaque fois, découvrant le cadre, la toile entière, le mur de l’atelier, conférant à la série une vertigineuse dimension formaliste, réflexive. Beaucoup de fleurs, de fruits, pinceaux et outils d’atelier, de paysages tronqués et de photos de musées. On y trouve aussi des détails de brocantes, tout un attirail mercantile usé et dérisoire, à l’image de ses sculptures, assemblages d’objets modestes.
Une constante : la négligence des règles de la photographie, du point ou de la profondeur de champ, qui réinvestit la règle fondamentale de son œuvre qu’est le rejet de la technique, tout en tirant chaque photo vers une abstraction étrange : la création d’un espace chromatique. En cela, ces photographies font preuve d’une véritable force, une énergie à l’œuvre dans l’ensemble du travail de Twombly, qui contredit la réception qu’elles avaient eu lors de leur première exposition en France. On avait alors souvent relevé une supposée douceur poétique, percevant là l’œuvre et le travail d’un esthète nostalgique.
Twombly libère sa photographie comme il avait défait le carcan rationnel du dessin, par sa pratique héritée de l’automatisme, cherchant la force du geste, la pulsion graphique, le rapport convulsif au langage, puis à la couleur, des enjeux bien loin de la simpliste référence au graffiti souvent évoquée.
N.B : Le lien suivant donne accès à deux textes parus à la mort de Cy Twombly : Les épiphanies de Twombly, de Philippe Sollers et La Peinture par l’Oreille, de Marcellin Pleynet. Infos pratiques :
Cy Twombly, Photographs 1951-2010 Tweet
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