Musique

[Portrait] Mina Tindle : To carry many talents


Le 12/03

Elle a d’abord été la choriste de luxe pour l’excellent groupe Toy Fight, avant de cofonder le groupe d’antifolk transatlantique The Limes. Mina Tindle livre aujourd’hui son premier effort solo, Taranta.

La première fois que Pauline (AKA Mina Tindle) joue d’un instrument, ce n’est pas l’un des moindres : « Un grand piano à queue avec les touches en ivoire qui se trouvait chez mon père, et qui avait appartenu à Gounod, un compositeur du XIXe siècle [notamment de l'opéra Faust, ndlr] et mon ancêtre. »

A l’époque, Mina suivait des cours de piano avec une professeur alcoolique et folledingue qui, par flemme, l’avait dispensée d’apprendre le solfège. Quelques massacres à la flûte à bec plus tard, à l’occasion de ses 17 ans, des amis providentiels lui offrent une guitare. « J’ai appris deux ou trois morceaux en bidouillant ; "Black Bird" des Beatles, par exemple, que j’ai toujours du mal à jouer aujourd’hui. Je ne me suis véritablement intéressée à l’instrument que lorsque j’ai commencé à écrire, vers 21 ans, après avoir écouté The Cover Record de Cat Power. »

Très vite, elle se retrouve sur la scène du Génériq Festival. « J’y avais effectué un stage l’année précédente. Quand l’équipe a appris que je faisais de la musique, ils m’ont programmée, alors que je n’avais jamais joué devant personne. Maxime Chamoux, de Toy Fight et (Please) Don't Blame Mexico, m’a accompagnée au cours d’un set réunissant mes cinq seules chansons, avant que ne jouent Daniel Darc, Peter Van Poehl, etc. » Puis elle s’installe à New York quelque temps, à Booklyn plus précisément, au dessus du Zébulon, un bar où ont lieu environ trois concerts par soirée, et où elle fait ses armes. « Mais ce n’est qu’en rentrant en France que je me suis dit que je voulais en faire un métier. »

Un zeste de citron

Entre-temps, elle fonde The Limes avec trois autres musiciens qui se sont connus via Myspace. « Henri Sparrow, qui vivait en Caroline du Nord, a envoyé une de ses chansons à Orouni avec qui il s’était découvert de grandes affinités musicales sur la Toile. Orouni s’est lancé dans des arrangements et m’a demandé mon aide. C’est comme ça que le groupe est né, avec un disque sorti deux ans après, dont le principe a été le suivant : chaque chanson composée d’un côté de l’Atlantique était arrangée de l’autre. » Quand elle déménage aux Etats-Unis, Henri Sparrow et John Hale cessent rapidement d’être des accointances virtuelles pour devenir des proches - même si le groupe est, aujourd’hui, malheureusement, mis entre parenthèses.

Taranta

Cependant, Mina Tindle n’en a pas fini avec les expériences collectives. « Mon disque reste le fruit d’un travail à plusieurs. Mon ami JP Nataf [ex-Innocent, NDLR] en a été le réalisateur, mais notre ingénieur du son a également eu un rôle crucial. Finalement, la seule chose qui a véritablement changé par rapport à mes expériences antérieures, c’est qu’il s’agit cette fois de mon écriture. » Une écriture qui s’est majoritairement faite au fil de l’enregistrement, sur plus de deux ans. « J’avais peur d’entrer en studio, peur de ce que cela pouvait donner. C’est pour ça qu’on a pris le temps d’expérimenter diverses choses au fil des enregistrements, un peu comme dans un laboratoire. C’était très positif au début ; à la fin, un peu moins. » 

Une impatience s’est fait sentir au fil de ce travail en pointillé dont le résultat est un disque extrêmement stratifié. Lorsqu’on écoute « Echoes » ou « Some Things Last a Long Time », on a par moments l’impression d’entendre deux chansons en une. Des nappes de clavier viennent créer des tangentes au sein des titres, injectant, dans le déroulé des morceaux, des zones purement contemplatives.

Ecrire, dit-elle

Les chansons du disque racontent généralement des histoires personnelles, dans une langue cryptique que Mina semble déplorer. Elle voudrait quelque chose de plus immédiat, qui parle aisément aux auditeurs. « Lorsque tu écoutes "Famous Blue Rain Coat" de Leonard Cohen, qui est une de mes chansons préférées, une histoire complète et accessible t’est racontée, bien qu’il reste des zones d’ombre. »

D’autres de ses chansons, qui ne figurent pas sur le disque, s’inspirent d’œuvres connues. « J’en ai écrit une inspirée du mythe de Sisyphe et une autre sur La Strada, en partant du personnage de Gelsomina. » Des chansons issues d’une collaboration interrompue en plein vol, avec un autre musicien. « J’ai dû abandonner ce que l’on avait fait ensemble, un peu à contrecœur ; mais j’estime suffisamment son travail pour considérer que cette matière lui appartient également. Ca a été l’une des étapes importantes de ma construction en tant qu’artiste, de me dire que je pouvais abandonner des morceaux que j’aime - que d’autres viendraient à leur suite. »  Elle laisse également de côté la chanson qui donne son titre à l’album Taranta, dans l’idée de s’en servir comme base pour son prochain disque. « J’y parle de la tarentelle, une danse du sud de l’Italie pratiquées par des femmes prétendument mordues par des tarentules. Elles la pratiquent au cours de cérémonies païennes destinées à les guérir, dans une transe expiatoire. »

De plus en plus, elle s’approprie le français. Dans des textes à tiroirs, au découpage complexe. Avec ce que cela comporte comme risque de tirer ses chansons du côté de la variété. Ca ne semble pas lui poser problème car elle ne désire de toute façon pas être « une enième folk-singeuse ». Elle cite d’ailleurs volontiers Alain Bashung, Bertand Belin ou Mathieu Boogaerts.

NeXt

« Taranta » mise à part, Mina Tindle ne s’est pas encore lancée dans l’écriture de nouveaux morceaux. « A terme, il me faudra partir quelques semaines avec mes instruments et mes carnets de note afin de m’isoler. » Pour l’instant, elle essaie de profiter de la sortie de Taranta et a hâte de le défendre sur scène. « Pendant deux ans, il y a eu beaucoup de moments où j’étais impatiente que ce travail-ci se termine. » C’est pourquoi elle voudrait enregistrer le prochain album plus rapidement, afin d’obtenir quelque chose « de plus spontané ». De plus unifié, aussi - « peut-être partir sur seulement trois instrument, dont un steel-drum ».  Elle a également l’envie, incertaine, d’une production en Suède ; à moins qu’elle ne fasse comme sa copine Dorothée de The Rodéo et se contente d’y faire mixer de son album ? Elle ne sait pas exactement par qui : des équipiers, ça ne se choisit pas au petit bonheur, il faut de la confiance. 

Mais sortir d’une zone de confort, « ça, j’aimerais bien, oui »Nul doute que le fait de jouer Taranta sur scène lui permettra, dans un premier temps, de goûter à cette spontanéité qu’elle appelle de ses voeux. Et peut-être que de se retrouver à porter seule son projet concert après concert créera chez elle la confiance nécessaire pour réaliser son prochain effort, qui sait ?

 

Mina Tindle, Taranta (Believe / Blonde Music), sortie le 19 mars.

L'ensemble des dates de concert de Mina Tindle se trouvent ici.

 

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