Expositions

[SAM a vu] Vivement demain au MAC/VAL


Le 24/03

Le printemps est arrivé. Plus aucune excuse pour refouler le néo-romantique urbain en soi : enfilez vos baskets, filez au MAC/VAL ! Car au travers du nouvel accrochage de la collection permanente, c’est un véritable « parcours » que le musée d’art contemporain du Val-de-Marne nous propose avec « Vivement Demain ! ».
kader-attia
Kader Attia. Untitled (Skyline)

Celebrity 

On commence par un parcours spatial, parce que la très agréable scénographie laisse suffisamment d’espace à chaque œuvre pour permettre aux visiteurs de la contempler en toute (in)quiétude, de passer de l’une à l’autre sans avoir l’impression de parcourir un catalogue. L’accrochage des œuvres respecte de façon particulièrement judicieuse leur nature et projet esthétique propre.

Ainsi, la création de l’artiste indienne Shilpa Gupta (qui a réalisé trois œuvres au cours de sa résidence au musée en 2007) Don’t Worry, You Too Will Be a Star apparaît au bout d’un long couloir tout en hauteur, et c’est au fur et à mesure que l’on s’en approche que l’on déchiffre le sens des mots formés par ses élégants entrelacs de guirlandes lumineuses : « Ne t’en fais pas, toi aussi tu seras une star. » Ces étoiles perchées hors de portée baignent le spectateur de leur éclat à la fois distant et bienveillant, au propos aussi rassurant que condescendant. Un renvoi aux prophéties d’Andy Warhol. Parcours temporel ensuite, où les œuvres des Nouveaux Réalistes (Jacques Villéglé, César, Raymond Hains, Martial Raysse…) sont exposées en dialogue avec des créations plus récentes. Un retour sur l’investissement artistique passé des espaces urbains face aux projections utopiques (ou dystopiques, selon le point de vue) dans l’avenir de la ville.

Paysages 

Emouvante rencontre de l’Avenue d’Italie (Hains, 1974), palissade rescapée et transposée dans le cadre muséal (qui vaut aujourd’hui non plus seulement comme manifeste esthétique pour l’introduction de la vie dans l’art, mais aussi peut-être comme vestige urbain d’une avenue au nouveau visage), et de la série Paysages en érection (2003), où Gwen Rouvillois envisage la transformation autant radicale que verticale d’un quartier de Saint-Denis. Superbe contraste temporel donc, mais aussi formel, entre l’objet trivial tagué récupéré par Hains et les impeccables tirages avec surimpression de dessin numérique de Rouvillois. Entre les deux, on s’arrêtera sur les juxtapositions fantasmatiques que propose Cyprien Gaillard entre l’architecture sociale et la tradition du paysage classique – européen et asiatique – au travers de petites eaux-fortes plus méditatives que les productions auxquelles il nous a habitués récemment (Belief in the Age of Disbelief, 2005).


Cyprien Gaillard, Belief in the Age of Disbelief (Harlem). 2005. Eau-forte, encre noire sur papier vélin, 36 × 47 cm (avec cadre), édition 5/10 + 2 EA.
 

La nature, autre axe de Vivement demain !, se donne ainsi toujours à voir en croisement avec la culture : en témoigne L’Arbre et le lierre (2010) de Pierre Malphettes, sculpture qui prend tout son sens lorsqu’on l’aperçoit de l’extérieur du musée (dont l’architecture post-Bauhaus laisse la part belle aux baies vitrées) : morceau, idée de nature, qui scintille pour nous appeler à entrer, non à sortir. Idem pour la vidéo absolument hilarante de Cécile Paris (Le Bel Eté, 2004) où des majorettes peu amènes arpentent une campagne banale. Peut-être un clin d’œil narquois à l’équation entre la figure féminine et la Nature.

Hétéroclite 

La qualité objective de Vivement Demain ! réside dans sa variété. Formelle tout d’abord, puisque l’on y verra aussi bien des installations, des vidéos, des photographies, de la peinture et de la sculpture. Historique ensuite, avec des acquisitions plus anciennes, comme celles des Nouveaux Réalistes (à partir de 1982). Et des acquisitions très récentes, comme le Paramour de Jean-Luc Verna (2010), ironique en même temps que sublime au sens premier du terme (convoquant le souvenir de Gonzales-Torres ?).


Raymond Hains, Rue du Temple - 29 juin 1965. 1983. Affiches lacérées marouflées sur toile - 150 × 204 cm. 

Une variété aussi en termes de représentation, qui donne un excellent aperçu de la création contemporaine, au travers de créations de cinquante artistes – établis (Claude Lévêque, Annette Messager…) comme émergents. Enfin, une variété en termes de politique d’exposition enfin, puisque s’offrent des œuvres présentes dans la collection en amont  au projet, en parallèle à des créations commandées spécialement pour ce cinquième parcours (Annette Messager, Danses du scalp, 2012, et Kader Attia, Untitled - Skyline, 2012).

Entrelacs

Mais la grande force esthétique de l’exposition, c’est son mouvement tout en va-et-vient. Les allers-retours auxquels elle invite le regard et la pensée. L’avenir, au travers de la figure allégorique de l’enfant, est autant pensé comme une possibilité présente dans les peintures de Damien Cabanes, que comme un retour imaginaire sur cette possibilité dans l’installation monumentale de Sarkis, Trésors de la mémoire - Les onze enfants de l’histoire du cinéma (2002).


Sarkis, Trésors de la mémoire (les onze enfants de l’histoire du cinéma). 2002. Impressions monochromes jet d’encre contrecollées sur aluminium, néons roses, transformateurs et variateur électronique, dimensions variables. 

Au fil de l’exposition, les œuvres se répondent admirablement. L’installation monumentale de Kader Attia, dont les frigos transfigurés évoquent une « cité invisible » ailleurs que dans l’imagination, donne une manifestation concrète aux rêveries de Rouvillois. Le regard que nous portons sur les œuvres s’affûte. Sur les œuvres, et sur le monde bien sûr, puisqu’il paraît que la vie imite l’art.

Dernière comparaison : l’Objet à voir le monde en détail (1990-2004), qui cache et montre l’artiste Philippe Ramette en train de regarder ce que nous ne pouvons pas voir (dans le hors champ de la photographie), et ce que lui-même n’aperçoit probablement pas très bien (dandy, cyclope, il ne peut voir le monde que par le trou minuscule de son étrange lorgnette de bois). Il faut garder cette création à l’esprit lorsqu’on parvient à la dernière œuvre du parcours, Memory (2007), de Shilpa Gupta : meurtrière dans la façade du musée, qui invite le spectateur à tourner son regard au-dehors, au travers de la « mémoire », fenêtre que percent les lettres de ce mot. Demain ne peut advenir que par le souvenir, et la boucle est bouclée. Circulez, tout est à voir.


Pierre Malphettes, L’arbre et le lierre. 2010. Bois, néons, transformateurs et câbles électriques, 280 × 310 × 300 cm. 

Et profitez-en pour aller faire un tour à l’exposition temporaire Information Fiction Publicité : le théâtron des nuages, qui propose une installation-retrospective du collectif d’artistes IFP. (Jusqu’au 3 juin 2012, commissaires d’exposition Franck Lamy et David Perreau). 

 

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