Expositions

[SAM a vu] "Néon" à la Maison rouge

Par François Collet   
Le 29/02

Avec Who’s afraid of red, yellow and blue ? la Maison Rouge propose la première grande rétrospective thématique autour du néon dans l’art contemporain. Une idée intéressante, originale, des œuvres remarquables mais une exposition décevante.
Jason Rhoades-Untitled
Jason Rhoades, Untitled, 2004. Frank Cohen Collection © Marc Domage

Le tube au néon, inventé il y pile un siècle, a pris une place centrale dans l’art contemporain depuis les années 1960, même si l’on trouve des précurseurs dès la fin des années 1940. Au centre du travail de nombre des artistes les plus importants du XXe siècle, il entre à diverses échelles dans la pratique de nombre de plasticiens, y compris de façon inattendue (chez Jean-Michel Alberola par exemple), envahissant l’art comme il a envahi les rues de nos villes via la publicité. Pas un musée, une foire ou une collection qui n’en ait un exemple, au point d’être devenu une sorte de gimmick, de passage obligé. 

Et pourtant, jusqu’ici : rien, pas la moindre exposition autour de ce médium. L’approche de l’exposition de la Maison Rouge est donc à saluer. Elle comble un vide manifeste. Réunissant 83 artistes et 108 œuvres des années 1940 à nos jours, l’exposition couvre un large spectre. Mais c'est peut-être là le problème. Trop de profusion, de confusion et l'on peine à  trouver une direction, un sens, un discours. Cette mise en avant du support néon ne saurait se suffire malgré l'intérêt certain de la démarche.


© Marc Domage

Gageure principale : l'intemporalité du néon. Du coup, impossible de saisir au premier coup d'œil, voire au second, où se place l'œuvre dans l'histoire de l'art contemporain. Le visiteur est brouillé dans ses repères historiques, mais aussi dans l'appréhension même des œuvres : baigné de lumière, on peine à s'attacher à une singularité. Face à ce magma, il semble que le néon soit devenu un code esthétique dans l’art contemporain proche du cliché. Une des plus belles pièces de l’exposition, Lightbox, d’Andrea Nacciarriti, la résume assez bien : une caisse de bois brut, remplie d’un enchevêtrement de tubes de néons. Le spectateur se retrouve davantage dans la peau d’un collectionneur - sentiment accentué par l’accrochage - admirant une pièce, l’estimant, jugeant à quel point il la voudrait, que dans la compréhension d’un discours curatorial d’ensemble.



Pierre Malphettes, La fumée blanche, 2010 © Pierre Malphettes. Courtesy the artist and Kamel Mennour, Paris. 
Bertrand Lavier, Ifafa V (Stella), 2008. Courtesy Galerie Yvon Lambert, Paris © Marc Domage

Il faut pourtant relever quelques pièces remarquables : un Bertrand Lavier travaillant autour d’une œuvre de Franck Stella ; trois Morellet particulièrement forts ; la sublime œuvre de Keith Sonnier, Hôtel Richelieu ; l’intelligence, l’humour et la finesse de Mathieu Mercier (parmi les jeunes, on cherche en vain Loris Gréaud, par ailleurs) ; Le Rêvez ! multicolore de Claude Levêque ; les très minimaux et pourtant riches tubes de Laddie John Dill. 

Sinon, une vraie déception, ou lassitude, quant à l'écriture même au néon. Certes, on comprend la dimension conceptuelle des « tautologies » lumineuse de Kosuth, un travail commencé au milieu des années 1960. Mais 50 ans plus tard, on se dit qu’un jeu de mots en néon ne reste qu’un jeu de mots et qu'il y a là comme une facilité peut-être trop permise par ce code esthétique.


Jason Rhoades, Untitled, 2004. Frank Cohen Collection © Marc Domage

On remarque aussi que les œuvres les plus fortes sont souvent réalisées en tubes courants, ordinaires, plutôt que dans les néons complexes, onéreux, qui affichent un rempart de technicité, de maîtrise avec le spectateur. Exemples : Amercican Supreme, d’Alan Suicide Vega, Veste en cheveux traversée par la lumière, de Sarkis (très étrangement accrochée) et surtout le Dan Flavin, d’une élégance rare dans sa sobriété.

Un peu confus, on ressort alors que la nuit tombe. Au dehors, dans un arbre, accrochés aux branches, les néons de Fiona Stewart et au loin, pas si loin, on est en ville ; de l’autre côté du quai s’élève une belle grue de chantier, très haute, dont les haubans sont rythmés de tubes de néons.

 

Tous les commentaires

Les commentaires

Plus de Vu, lu, entendu

Cher openspacer, travailleur acharné du......

Musique le 16/03

« Un bon personnage doit me surprendre et le......

En librairies le 13/02

Dans Tahrir, place de la Libération, Stefano......

Cinéma le 11/02

Les articles les + lusLes Standards de SAM

Ressources humaines

Parce qu’à travers chaque être humain, un espace unique et intime...

Ressources humaines, le 04/05

Actuel

Les équipes de France et d’Allemagne de football s’affrontent ce...

Sport, le 06/02

Videoscope

À l’heure où l’idéal de transparence innerve les discours de...

Videoscope, le 05/03

publicité