Expositions

[SAM a vu] Ai Weiwei : Entrelacs

Par Zoé Parton   
Le 25/02

L’exposition Ai Weiwei au Jeu de Paume nous fait traverser l’ensemble des phases qui l'ont amené à être l’artiste que l’on sait, et fait découvrir un artiste politique pris dans ses paradoxes, ses multiples facettes et son immense force de travail et de résistance.
Ai-Weiwei
Ai Weiwei avec la rockstar Zuoxiao Zuzhou dans l’ascenseur, placé en garde à vue par la police ,Sichuan, Chine, août 2009 © Ai Weiwei

L’exposition est disposée en ordre chronologique, depuis 1983, époque où Ai vivait dans l’East Village à New York, jusqu’à une période récente, avec ses photos de blog, ou prises à l’aide de son téléphone et postées sur Twitter. Ou ce qu’il en reste, en fait, puisque les autorités chinoises ont raflé tout ce qu’elles pouvaient. 

1983-1993 : New York state of mind 

Gu Changwei, Nouvel An chinois sur Mott Street, 1989, série Photographies new-yorkaises,1983-1993, tirage C-print © Ai Weiwei

La première phase de l’exposition, de 1983 à 1993, présente donc un New York arty, violent, bien avant la couche de propre que lui a donnée Rudy Giuliani quelques années plus tard. Ici, New York s’expose sur des planches contact noir et blanc, telles les pellicules d’un documentaire avant montage. Le  mouvement, l’intensité étonnent. On y voit la scène underground chinoise émigrée à New York, ses amis, amants, son camarade Allen Ginsberg. Ce qui frappe et fait sens est surtout l’alternance systématique de ces photos quotidiennes et remplies de vie, et de clichés exhibant la dureté de l’extérieur, comme la répression policière à l’encontre de manifestants. Il ne manque que le son. Au total, ce sont 10 000 clichés qu’Ai Weiwei a pris, dans l’urgence manifeste d’entrer dans la photo. Ces clichés, il ne les verra qu’en 1993, à son retour à Pékin, où il en fera enfin des tirages. 

Entrelacs sujet / objet

Ai Weiwei est avant tout un témoin. L’objectif, c’est lui. Ses autoportraits, qui jalonnent son travail de bout en bout, expriment la centralité de l’artiste dans son propre travail. La représentation de l’artiste par lui-même évolue avec lui : dans un premier temps, il joue principalement sur les effets, de miroirs, de vitesse et de lumière. Puis dès son retour à Pékin, de 1993 à 2002, il place son corps au centre de ses représentations. A l’époque, Ai Weiwei était parti de New York à cause de son père, malade. Des photographies prises à l’hôpital, suivies des pieds de son père dépassant d’une couverture, signifiant sa mort, marquent son travail. Il sort du documentaire pur pour prendre véritablement la parole. Son entourage sur place comprend d’ailleurs quelques artistes performers (série sur son ami Zhang Huan, 1994), et cette influence de l’art corporel semble faire écho à la vie de Ai Weiwei et à son art. 

Pékin, East Village, 1993-1995, tirages n&b © Ai Weiwei

Iconoclaste

Juste après la mort de son père, le rapport au sacré de Ai Weiwei devient justement plus paradoxal : d’un côté, un triptyque empreint de douceur présente sa mère sur le même plan qu’une statue bouddhiste (Buddhist Carving from Yuan Dynasty, My Mother, 1996) ; de l’autre, un second triptyque le montre cassant une urne de la dynastie Han (1995). 

Laisser tomber une urne de la dynastie des Han, 1995, triptyque, tirages n&b © Ai Weiwei

Parallèlement, passionné par l’architecture – jusqu’à en faire son corps de métier –, il commence la série Study of Perspective (1995-2005) : une succession de hauts lieux du patrimoine mondial avec, en premier plan, sa main faisant un doigt d’honneur. 

Étude de perspective - La Tour Eiffel, 1995-2003, tirage couleur © Ai Weiwei

Il serait trop simple de voir en Ai Weiwei un destructeur ou un provocateur, de réduire son action politique à cela. C’est un artiste dionysiaque, qui détruit pour mieux créer, pour qui tout entre en jeu dans le processus créatif. Un artiste politique, passionné et partial, pour reprendre les mots de Baudelaire. Son œuvre, telle qu’elle se présente au Jeu de Paume, est en effet une série d’entrelacs, entre lui, l’Autre, l’intérieur, l’extérieur, l’enfermement, l’espace et les médiums utilisés (d’un appareil photo sophistiqué à un téléphone portable). 

Trahison

Dernier entrelacs, celui qui se fait entre la méfiance et la candeur, dont il sera victime : la série de quatre photos Shanghai Studio (2010-2011) montre le énième coup de poignard que lui ont infligé les autorités chinoises. Ai Weiwei avait accepté, après de longues hésitations, de s’installer dans un atelier d’artiste magnifique que lui avaient proposé les autorités. Après deux ans à travailler sur la rénovation des lieux, il prend les deux premières photos de la composition : le studio, splendide objet architectural, rutile sous un soleil rouge. Mais dès la fin des travaux, les autorités déclarent la construction non conforme. Six mois après il n’en reste rien si ce n’est quelques pelleteuses, puis le champ de ruines, et les deux dernières photos de la composition. L’artiste trahi apparaît ainsi dans une totalité : Ai Weiwei, qui n’a jamais cessé de dénoncer l’état de la société chinoise, la peur environnante, l’absence de liberté, a osé faire confiance. La suite, nous la connaissons. Emprisonné le 3 avril 2011 par les autorités chinoises, libéré sous caution le 22 juin 2011, il demeure interdit de sortie du territoire.

Sept images, 1994, tirages n&b © Ai Weiwei

Le compte (en chinois) de Ai Weiwei sur Twitter

 

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