Expositions

[SAM a vu] Foto/Gráfica au Bal


Le 16/02

« Le livre de photographies latino-américain : le secret le mieux gardé de l’histoire de la photographie. » (Martin Parr). L’exposition Foto/Gráfica, au Bal, vient combler avec brio cette lacune en éclairant une large part de l'histoire de la photo latino.

On pense souvent au Bal comme à un lieu de photographie, en oubliant que son intention est précisément de ne pas s’y limiter mais de considérer l’image au sens large. L’exposition en cours, Foto/Gráfica, présente le fruit de quatre années de patientes recherches autour du livre de photographie en Amérique latine. Comme on nous le rappelle dès l’entrée, quand il s’agit de présenter la photographie comme un ensemble global cohérent, il n’y a que deux solutions : l’exposition et le livre. Le Bal décide de réunir les deux.

Exposer des livres, c’est toujours compliqué. Rien de pire qu’une exposition de bibliophilie, avec sa succession de reliques sous verre devant lesquelles le spectateur se sent souvent comme interdit. Sentiment de frustration et supplice de ne pouvoir toucher, manipuler ces objets.  Ne reste alors qu’à admirer de loin une couverture ou une double-page choisie par un tiers.

Le Bal évite cet écueil grâce à une scénographie remarquable (Jasmin Oezcebi, à qui l’on devait déjà la superbe exposition Dada du Centre Pompidou), élégante et intelligente, qui sait jouer des effets de masse pour mettre en avant une sensation visuelle de foisonnement, tout en arrivant à mettre en valeur des détails, des singularités. Le succès de l’exposition est aussi dû à un appareil critique remarquable : des cartels, sobres et informatifs, qui effacent chez le visiteur l’impression d'ignorance devant un ensemble dont il n’avait jamais entendu parler. On découvre, avec cette joie des révélations, les vitrines, projections, écrans de télé, agrandissements, accrochages dynamiques, jeux entre les reproductions et les tirages d’époque. Tout l’appareil moderne de la muséographie est ici utilisé.

Des années de recherche

Paolo Gasparini, Para Verte Mejor, América Latina, 1972 - Mexico    

Depuis 2007, les commissaires de l’exposition (dirigés par Horacio Fernandez) ont mené une investigation minutieuse pour retrouver, archiver et sauvegarder les productions les plus remarquables d'Amérique latine. Des livres souvent rares, un peu maudits, parfois censurés ou fragiles, et d’une valeur incontestable dans leur apport esthétique. Jusqu'ici, on n'avait eu accès à presque rien : présence infime dans les collections publiques locales, peu ou pas de librairie spécialisée, et le risque toujours présent que ces ouvrages disparaissent purement et simplement. À travers 19 pays, de Cuba à la Patagonie, les commissaires sont allés à la rencontre des photographes, collectionneurs, éditeurs ou graphistes pouvant les mettre sur la voie d’une perle. Le résultat : un ouvrage (Les livres de photographie d’Amérique latine, Horacio Fernandez, coéd. RM Mexico / Aperture Foundation / Images en Manœuvre / Cosac Naify, 2011, 255 pages, 59 euros) réunissant plus de 150 livres - sélection réduite aux 40 les plus significatifs ou singuliers pour le Bal. Et, comme de juste, Paris n’est qu’une première étape dans la tournée internationale de cette exposition.

Les livres présentés ici ont tous pour point commun d’être de véritables livres de photographes, avec une réflexion sur la forme, une qualité de graphisme, une originalité dans le traitement des sujets : des œuvres d’auteurs, pas de simples compilations. Horacio Fernandez affirme même que ces ouvrages représentent souvent l’œuvre principale des photographes et que, du point de vue de l’histoire littéraire et éditoriale, le livre de photographie est l’événement du XXe siècle. L’exposition s’articule selon six thématiques, parfois un peu poreuses (certains livres de la section urbaine ou essais photographiques auraient largement leur place dans celle des livres d’artiste, par exemple), et deux ensembles.

Collages, photocopies et cartons

Barbara Brändli, Sistema Nervioso, 1975 - Caracas    

Au premier étage, deux ouvrages sur l’Amérique précolombienne (dont le chef-d’œuvre Amazonia, de Claudia Andujar), ainsi qu’un ensemble historique et politique nous rappelant combien les diverses propagandes ont su jouer du médium photographique, du graphisme, de la typographie et du collage. Un jeu souvent beaucoup plus moderne, progressiste, que les idéologies défendues.
Au sous-sol : photographie urbaine (le sublime Doorway to Brasilia), essais photographiques, livres d’artistes, littérature et photographie, livres contemporains. On retient, entre autre, les Auto-photos, de la Brésilienne Gretta, l’étonnant livre-performance Autocopias, du Vénézuélien Claudio Perna, ou les accumulations de Terrazas et Coen.
On n’oublie pas non plus Fallo Fotogràfico et les trois numéros Ediciones Economicas de Fotographia Chilena, dont la forme, radicale et cheap à la fois, à la photocopieuse, évoque l’émergence, l’ébullition récente autour des maisons d’édition dites cartoneras en Amérique latine. Un  phénomène né de la dernière crise économique argentine : face à la disparition des institutions culturelles, des maisons décident de publier à base de carton recyclé et de photocopiage. Elles deviennent ainsi le vivier le plus dynamique de jeunes auteurs et artistes dans la région.

Une mention particulière pour le travail du Colombien Fernell Franco (1942-2006), dont le livre Fotographias, rarissime - l’auteur ayant cherché à le détruire par perfectionnisme -, dégage une beauté trouble, passionnée, pleine de contraste. Des chambres vides, des personnages qui apparaissent, des bordels, de vieux immeubles photographiés avec une empathie palpable. « J’aimais photographier la manière dont les ombres se perdaient progressivement dans le noir le plus complet et la façon dont la lumière mourait », dit-il. On est subjugué.

S’il se dégage un tel sentiment d’unité dans la qualité et l’originalité de ces livres percutants et troublants, c’est probablement parce qu’aucun d’entre eux n’est un simple assemblage ou recueil d’œuvres, mais font chaque fois œuvre en soi. On est frappé de voir combien tous ces ouvrages ont su pousser l’expérimentation en matière de graphisme, et combien tous, à leur façon, dans leur combativité, sont éminemment politiques. Une expérience, doublée d’une vraie découverte.

Un cycle sur le cinéma documentaire latino-américain des années 1960-1970 est proposé conjointement à l’exposition au Cinéma des Cinéastes. Tous les samedis matin à 11h, jusqu'au 17 mars. Programmation ici.

 

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