Cinéma

La révélation finale du dispositif

Par Anthony Poiraudeau   
Le 07/06

Le 52ème et dernier épisode de la série de films expérimentaux Le Dispositif, « programme d’orientation et de conditionnement » réalisé par Pacôme Thiellement et Thomas Bertay, va être révélé la semaine prochaine, au cinéma Ciné 104, à Pantin (Seine-Saint-Denis).

À la fin de l’année 1999, Thomas Bertay et Pacôme Thiellement décident de réaliser une série de 52 films à partir d’images déjà existantes, issues de programme télévisés, d’œuvres cinématographiques ou de documents filmés. Le nombre de 52 épisodes qui est programmé dès lors correspond initialement au projet de réaliser un film par semaine pendant un an. L’idée est de montrer à nouveau, en les montant autrement, des images ayant déjà été adressées à des spectateurs qui vivent, depuis plusieurs décennies et de plus en plus, dans une pléthorique consommation d’images.

LE MONDE DES IMAGES

Les films du Dispositif considèrent que notre mémoire et que d’importantes parts de nous-mêmes ont été constituées par les images que nous avons vues, ingérées. Que ces images nous conditionnent. Or, comme l’expose Pacôme Thiellement dans plusieurs de ses essais (La Main gauche de David Lynch, Les mêmes Yeux que Lost, ou encore Tous les Chevaliers sauvages), cette société qui vit dans un monde d’images, la nôtre, est celle de l’aboutissement infernal d’un processus d’occidentalisation du monde, c’est-à-dire d’aliénation des individus et des collectifs à des puissances matérielles desséchées. L’humain s’y retrouve fragmenté, désorienté, privé d’accès à l’orient, c’est-à-dire aux connaissances spirituelles immémoriales (antérieures aux religions du monothéisme, occultes dès l’avènement historique des cultes monothéistes).

Le monde des images qui caractérise et recouvre notre monde porte de très forts enjeux spirituels et de connaissance, il comprend autant de forces d’aliénation et d’empoisonnement que de puissances d’initiation et de libération vis-à-vis des déterminations nocives. Cette tension entre initiation et contre-initiation, entre aliénation par les images et libération par celles-ci est au cœur du Dispositif, par le gigantesque travail de montage qu’effectuent les deux réalisateurs, par la mise en récit, en un tout autre récit, qu’ils opèrent à partir des images, nobles ou infâmes, merveilleuses ou terrifiantes, et dont la diffusion initiale avait bien souvent été désorientée, privée de possibilités spirituelles. Le Dispositif n’adopte pas cependant une simple ambition de substituer un nouveau sens, univoque et arrêté, au sens superficiel que la situation préalable des images affichait. Il entend plutôt ouvrir le sens de toutes ces images, les agencer dans un nouveau champ de forces au sein duquel elles deviennent, chacune et leur ensemble, une potentielle orientation, le terme pouvant être entendu dans deux sens différent : une direction vers l’orient (c’est-à-dire la libération spirituelle) ou la soumission à une nouvelle procédure de pensée (à la façon dont les films d’entreprises fournissent des modes d’emploi et des conduites à tenir à des salariés assignés à une tâche). Les clés ne sont pas données, les significations sont multiples, l’expérience du spectateur doit cheminer, comme si elle était guidée par des consignes ou des récits exprimés dans une langue mal connue.

Image tirée du Dispositif épisode 51 : La Guerre de l'âme

DE PLUS EN PLUS D'AMPLEUR

Si le projet initial de Thomas Bertay et de Pacôme Thiellement était de réaliser les 52 films du Dispositif en une seule année, la série a rapidement pris de plus en plus d’ampleur, les films sont devenus de plus en plus complexes. Le traitement sonore a aussi pris une importance considérable, par la construction musicale et les narrations par voix off. Les premiers épisodes étaient courts et comprenaient peu de séquences. Les images source transitaient par des supports VHS, ce qui impliquait une certaine rareté de matériau. Puis les histoires que racontent les épisodes se sont complexifiées et développées, les sites internet de partage et d’archivage de vidéos étant arrivés. Les épisodes sont devenus de plus en plus longs, ont rassemblé de plus en plus d’images. Les derniers épisodes en date durent plus de vingt minutes, le 52ème et dernier épisode durera près d’une heure. Le Dispositif est alors, aussi, l’œuvre de la constitution et l’appréhension d’une mémoire de ce monde d’images s’étant aussi constitué hors de nous, sur You Tube ou dans les archives des chaînes de télévision, comme des souvenirs d’événements que nous n’avons pas vécus mais que nous pouvons vivre, et qui sans que nous le sachions, ne nous ont pas nécessairement moins faits que nos souvenirs avérés.

À la façon des séries télévisées ou de nombre d’œuvres pop, Le Dispositif regorge de références cryptées et est un très riche tissu offert à l’exégèse pour ceux qui voudront s’y adonner, mais il est aussi un ensemble de films dont le visionnage exerce un réelle force de fascination et offre une expérience  envoûtante (même si elle est potentiellement désenvoutante).

LES HOMMES RECONSTITUES

Un certain nombre d’épisodes du Dispositif sont visibles sur la page vimeo de Sycomore films, le studio de production des deux réalisateurs, et puisque la sériepeut être comprise, selon ses auteurs, comme un « programme d’orientation et de conditionnement destiné aux individus appelés à diriger le peuple des hommes reconstitués », voici l’épisode n° 49, Le Peuple des hommes reconstitués :

Le 52ème et dernier épisode du Dispositif, intitulé Deux pour prendre la Route, trois pour choisir une direction sera projeté au Ciné 104, 104 avenue Jean Lolive à Pantin (métro Église de Pantin, ligne 5), le lundi 10 juin à 20h. La projection sera suivie d’une rencontre avec les deux réalisateurs.

Les 11 et 12 juin, le Ciné 104 projettera également l’intégralité de la série Le Dispositif, en quatre séances : les épisodes 1 à 32 le mardi 11 juin à 19h30 ; les épisodes 33 à 44 le mardi 11 juin à 22h15 ; les épisodes 45 à 50 le mercredi 12 juin à 20h ; les épisodes 51 et 52 le mardi 12 juin à 22h15.

D’autres projections d’épisodes du Dispositif, dont le 52ème auront lieu ultérieurement, en région parisienne mais pas uniquement, à des dates et en des lieux encore inconnus à ce jour.

 

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