Cinéma

[Cinéma] Sous surveillance

Par Simon Duflos   
Le 10/05

Après "La Conspiration", Robert Redford revient derrière la caméra pour "Sous surveillance", thriller politique aux arrières-goûts d’ "Hommes du Président", qui interroge le spectateur sur le devenir de ses idéaux de jeunesse, et sur la manière dont chacun s’accommode avec sa conscience.

Du passé faisons table rase

Sous surveillance aborde avec subtilité les événements survenus lors de la vague de protestation contre la guerre du Vietnam, sur les campus et dans les villes américaines. Comme une piqûre de rappel à destination d’une jeunesse désabusée et parfois complètement ignorante politiquement, le film est à la fois ludique et engagé, même s’il ne prend pas clairement position pour l’un ou l’autre camp.

Tout commence donc au début des années 1970, lorsqu’un groupe appelé les Weather Underground revendique plusieurs attentats à la bombe sur le territoire américain en réponse aux agressions de la police et à la politique de Johnson et Nixon. D’abord considérés comme des idéalistes armés, ils deviennent des malfrats de droit commun après braquage de banque qui tourne mal. Traqués par le FBI, le groupe se dissout et ses membres se dispersent dans la nature.

Trente ans plus tard, les esprits ne sont plus tournés vers la défense des droits civiques ou la lutte pour le pacifisme. Le 11 septembre 2001, l’Afghanistan, l’Iraq, ces nouvelles guerres américaines contre une menace globalisée et fantôme ne ressemblent pas à l’antagonisme Est/Ouest de la Guerre Froide. Les opinions publiques, bien que parfois divisées, soutiennent passivement les opérations extérieures menées par l’armée américaine ou les organes secrets du département d’Etat.

C’est sûrement cet aveuglement plus ou moins conscient que cherche à titiller Robert Redford. Avec beaucoup d’élégance, il parvient à transcrire les émotions et les opinions de sexagénaires depuis longtemps « rangés », qui ne ressemblent plus aux étudiants révoltés qu’ils étaient, et qui pour certains sont devenus l’exacte réplique bourgeoise de leurs adversaires d’antan. Sans souligner à l’outrance le paradoxe de cette situation, Robert Redford l’exploite pour bâtir son scénario.

Le cimetière des hippies

Comme un clin d’œil au jeune Robert Redford des Hommes du Président, l’action est emmenée par Ben Schulberg (Shia LaBeouf), jeune journaliste impatient, borderline et malin comme un singe. Il ne faut pas creuser beaucoup pour voir dans ce parallèle une autre critique envers la presse et la manière dont elle relaie l’information plus qu’elle ne cherche à l’approfondir et à trouver la vérité qui se cache derrière les faits. Schulberg va donc remonter le temps à la recherche de Jim Grant (Robert Redford), fugitif soupçonné d’avoir participé au braquage sanglant d’il y a trente ans.

Au fil de son enquête, il rencontrera un panel de personnages ayant chacun un rôle bien précis, de l’ancien flic anti-hippies devenu paisible retraité à l’ancien activiste reconverti en prof de fac, apprenant à ses étudiants sa propre histoire et celle de ses anciens compagnons tout en reniant son passé. Cette ribambelle de destins illustre la difficulté avec laquelle les idéalistes d’un jour ont tout simplement vieilli, chacun cherchant un moyen de rester proche de ses idées, sans savoir exactement comment se placer dans un monde devenu si différent au cours des quarante dernières années.

Jamais passéiste ni moralisateur, Sous surveillance prend le parti de rappeler simplement qu’il fût un temps où la jeunesse se battait pour l’amour universel, l’autodétermination des peuples, l’ouverture des droits civiques aux minorités, et parvient à éveiller l’activiste qui sommeille en chacun de nous. Une performance pour un réalisateur qui aurait facilement pu devenir… « un vieux con ».

 

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