Cinéma

[CINEMA] Promised Land

Par Simon Duflos   
Le 17/04

Là où Gus Van Sant aurait pu mener une étude approfondie de la ruralité américaine opposée au capitalisme féroce des villes, il a préféré enfermer ses personnages dans la caricature et le sentimentalisme. En y ajoutant un équipage des plus hétéroclite au casting sur fond “d’histoire vraie”, il transforme la Terre Promise en enfer.

 

La campagne, ça vous gagne

Ah, la campagne. Ses veaux, vaches, cochons, ses tracteurs, ses champs à perte de vue. Sa qualité de vie, aussi. Et ses culs terreux. Avec leurs chemises à carreaux, leurs casquettes John Deere et leur tendance à l’accent, ils passent bien à l’image. Un peu bourrus peut-être, quand on ne les connaît pas. Dieu merci, Gus Van Sant a décidé de leur redonner une contenance.
 
Face à Global, compagnie gazière venue exploser le sous-sol et du même coup faire couler les dollars dans la région, les autochtones de McKinley vont se rebeller et refuser de céder leurs terres. Principalement par crainte de la pollution, mais également, et c’est bien là le problème, par méfiance. Dans Promised Land, les fermiers sont une communauté soudée, blanche, armée, plutôt pauvre voire miséreuse, et qui a beaucoup souffert. On retrouve d’ailleurs le traditionnel orphelin de guerre, dont le père est mort en Irak. Rappelons que les pertes américaines en Irak reprèsentent 0,001% de la population totale. C’est vraiment pas de bol.
 
Une communauté soudée mais accueillante, qui n’est pas a priori opposée au progrès. Ah, le progrès. A nouveau, Van Sant tombe dans le cliché. Au bord de la ruine, l’opportunité de gagner plein des sousous grâce à une ressource naturelle est une bénédiction. Cependant, les pécords ont l’impression qu’on les prend un peu pour des poires. Futé, le provincial. Il sait même se servir de Google (on le mentionne deux fois quand-même au début du film, pour être sûr) et découvre donc les dangers de l’extraction du gaz. Dès lors, c’est un déferlement de lieux communs, apportés sur un plateau par un Matt Damon au bord de la crise d’apoplexie.
 

Écrit avec les pieds

Le film est écrit par Matt Damon et John Krasinski (également producteurs et acteurs, donc). John Krasinski, le Jim de The Office. On le reconnaît facilement, c’est celui qui joue comme Jim dans The Office. Les mêmes grimaces, le même ton lorsqu’il lâche une vanne. Sa prestation est décevante au possible, témoignant encore une fois de la difficulté à se recycler après 9 saisons d’une série à succès. Frances McDormand, discrète, peine à exister aux côtés d’un Matt Damon qui tire un peu la couverture.
 
Mais surtout, que le temps est long, dans ce film. Des longueurs qui ne servent surtout pas à approfondir la psychologie des personnages, ni leur histoire, ni à vraiment comprendre comment ils vivent, et pourquoi ils continuent de vivre de cette manière. Leur intimité est davantage dévoilée par voyeurisme ou pour étayer un parti-pris facile que pour exposer leur psychologie. Les séquences s’enchaînent, pour finalement aboutir à un retournement de situation pour le moins attendu. Tout ça pour ça, en somme.
 
Promised Land - Gus Van Sant
 
 

Jean-Pierre Pernaut à Hollywood

 
Promised Land laisse aussi un certain malaise, dans la mesure où Gus Van Sant ne cherche pas tellement à entrer le détail de cette confrontation entre les pauvres fermiers et le cadre sup’ venu ravager leur paradis. La très forte méfiance si ce n’est la haine que le réalisateur met en images n’est que trop rarement remise en question, et toujours à grand renfort de tirades à l’eau de rose ou de complicité filiale via Skype, pour Frances McDormand. Les grandes compagnies, cible facile, lointaines et forcément mauvaises puisque éloignées de la campagne, font l’objet d’une accusation systématique et sans la moindre réserve.
 
C’est un film anti-corporations livré clés en mains, une ébauche de film politique, un brouillon de film sociologique.
 

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