Cinéma

[CINEMA] Les Misérables

Par Pierre Michel   
Le 13/02

Tom Hooper livre une version lourdingue, non pas du roman de Victor Hugo, mais de la comédie musicale de Broadway, où seule Anne Hathaway surnage au milieu d’une mélasse visuelle et sonore.

Ce n’est pas le roman, pas non plus la comédie musicale, et à bien y réfléchir, ça n’a pas grand-chose d’un film. Peut-être est-ce parce Tom Hooper ne s’intéresse pas une seconde à ce qu’il filme. Il n’est pas le seul : c’est le cas notamment de De Palma,  qui sort aujourd’hui Passion. Mais chez De Palma, c’ést au moins au prix de la technique, même si exhibée, outrancière, voire obscène. Et la comparaison, du reste, ne vaut que par les hasards du calendrier. Tom Hooper, non content de détourner complètement de son objet, le filme mal. C’est à dire qu’il ne le regarde pas. Peut-être parce que trop occupé à se construire une carrière de grand ingénieur des services culturels et du patrimoine  (on lui doit notamment des épisodes des mini séries John Adamset Elizabeth I),  le réalisateur du surestimé Discours d’un roi– quoique non puisqu’oscarisé – rajoute donc avec Les Misérables une pierre à son édifice mastoc. Et autant dire que le ravalement de façade est brutal, à coups d’enduit triple couche et de gros crépis.

Visuellement c’est donc à peu près moche. Voire hideux. Décors, costumes, photographie : tout concourt à rappeler l’incrustation visuelle (en bleu, blanc et rouge, la France quoi) d’un fond de journal télévisé.  Mais le plus gros problème de ces Misérables demeure  –  non négligeable  pour un film musical – sonore.  2h30 de chant, de fausses notes en beuglerie, pour dire tout et n’importe quoi.  Alors que des films comme Sweenie Toddde Tim Burton – dont sont tout droit échappés les Thénardier Sacha Baron Cohen et Helena Bonham Carter - laissait çà et là des moments de répit, des respirations, Tom Hooper veille consciencieusement à boucher tous les trous et à avorter toute entame de dialogue à coup d’envolées plus braillardes que lyriques. Car force est de reconnaître que les acteurs qui poussent ainsi la ritournelle n’ont rien de rossignols.  À l’image de Russell Crowe, déjà pas le plus fin des acteurs,  et qui pour le coup ne convainc guère en chanteur, trop poussif.  Pourtant l’acteur, dans la peau d’un Javert déjà sur le retour dès le début du film, comme conscient de la vanité de sa tâche – et de son rôle ? – n’est pas sans être attachant.  Un peu paumé, il trimballe sa mélancolie d’un bout à l’autre du film, et au fil des décennies, vers une fin et une issue qu’il semble déjà connaître.

Dans ce bourbier musical, quelqu’un d’autre parvient à tirer son épingle du jeu : Anne Hathaway. Alors que les autres solistes se tirent la bourre pour pousser des chansonnettes faiblardes, Anne Hathaway, fragile, friable, est peut-être la seule à livrer un jeu d’actrice digne de ce nom et à donner une certaine vibration à son rôle, celui de Fantine, pour peu que l’on vibre sur le Dreamed a dream maintenant transfrontières grâce à l’interprétation qu’en fit Susan Boyle. Pour le reste, ces Misérables selon Tom Hooper sont grandiloquents jusqu’au ridicule, et  dont les chœurs ne sont pas sans rappeler les chansons à boire appréciées des casernes et de leur régiments.

 

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