Cinéma

[CINEMA] 7 psychopathes

Par Simon Duflos   
Le 30/01

Il y avait cinq ans que Martin McDonagh n’avait pas fait parler de lui, depuis ses “Bons baisers de Bruges”. Une éternité qui s’achève avec la sortie de “7 psychopathes”, comédie écrite à l’hémoglobine, en forme de puzzle. Un deuxième film brillant pour le réalisateur irlandais.

Coups de feu dans la Sierra

Pour son second long métrage, Martin McDonagh frappe fort. Scénariste et réalisateur, il mène à grands renforts de coups de bluff et de retournements de situation un film au suspens haletant, à l’humour cynique, et à la morale délicieusement subversive. Mise en abîme sans prétention du métier de scénariste, 7 psychopathes est l’histoire de Marty (Colin Farrell), écrivain en panne d’inspiration, aux trois quarts alcoolique, et à moitié paumé. “Aidé” par son ami Billy (Sam Rockwell) à trouver le matériau de sa prochaine œuvre, à savoir les récits de crimes commis par des psychopathes, il va se retrouver embarqué dans une vengeance à plusieurs étages et va pénétrer violemment dans l’univers qu’il souhaitait mettre en scène.

Un point commun caractérise les héros de ce film, leur infaillible habileté à échouer. Chacun d’entre eux est un loser dans sa catégorie, mais avec cette classe qui déjà habitait les personnages de Bons baisers de Bruges. Quel truand imaginerait gagner sa vie en kidnappant des chiens dans un parc ? Les histoires de ces 7 psychopathes vont s’entremêler, et donner une occasion de faire se croiser quelques acteurs de génie : Woody Harrelson, Sam Rockwell donc, Christopher Walken... et un surprenant Tom Waits, en assassin vengeur sur le chemin de la repentance.

Très bien construit, le film déroute le spectateur dès que possible. La frontière, entre ce qui dans le film est la fiction ou la réalité, entre le passé et le présent, entre le bien et le mal, ne cesse de bouger. Les destins de ces 7 psychopathes, au départ très éloignés, vont finir par ne plus faire qu’un seul, même si, paradoxalement, ils ne seront jamais tous réunis. 7 psychopathes peut bien entendu être comparé à Snatch, Arnaques, crimes et botanique, ou à Pulp Fiction, pour son schéma narratif, son utilisation de la violence, ses antihéros en perdition... Mais le film de McDonagh, sur le fond, n’aborde pas les mêmes thèmes, montre une dimension plus subversive encore, et, surtout, n’est soumis à aucune contrainte de genre, comme peuvent l’être les films de Tarantino. 7 psychopathes possède son genre propre, inclassable.

© BluePrint Pictures Seven Limited Film4 & The British Film Institute

 

Par-delà le bien et le mal

Ce scénario si bien ficelé est brillamment mis en musique par Carter Burwell. Le compositeur de presque tous les films des frères Coen livre une bande originale pour le moins éclectique (on y retrouve Hank Williams, Cat Stevens, Berlioz, Orff) donnant un cachet “vintage” à plusieurs scènes magistrales, et permettant d’ajouter un côté burlesque à quelques autres. Une sonorité qui met également en valeur des dialogues mémorables, souvent hilarants, directs, rafraichissants... Un bref aperçu ici :

7 psychopathes est donc une excellente “surprise”, si l’on peut utiliser le mot connaissant le talent de son réalisateur et la qualité de son casting. Christopher Walken, dans le rôle de Hans, livre une performance particulièrement remarquable. C’est lui qui, le mieux, illustre chacun des thèmes traités dans le film. En vieillard amoureux, mélancolique et surtout très croyant, il est tiraillé entre les souvenirs d’un passé honteux et son désir de vengeance. Le bien et le mal sont, dans ce film, les objets d’un questionnement perpétuel. Marty joue le rôle de pivot dans ce combat intérieur, car c’est lui qui va se retrouver au cœur de ce combat sanglant entre psychopathes qui est le fil rouge du film. Il s’agira pour Hans de trouver un moyen de sortir par la grande porte, de réécrire sa propre histoire, d’aller jusqu’au bout de sa curiosité à l’égard d’une Humanité décidément bien terne.

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