Cinéma

[CINEMA] Un jour de chance

Par Simon Duflos   
Le 12/12

Le dernier bijou d’Álex de la Iglesia, « Un jour de chance », sort ce mercredi en salles. Sous couvert d’une comédie dramatique, le film se livre à une violente critique des sociétés en crise, à travers un banal fait divers devenant peu à peu le symbole de tous les maux d’un pays : l’Espagne.

La barre de faire

Point de départ d’Un jour de chance (La Chispa de la Vida) : un homme au chômage, Roberto. Incarné par José Mota, cet ancien crack de la publicité cherche depuis deux ans à remonter en selle. D’entretiens infructueux en occasions avortées, il a perdu tout espoir en un avenir meilleur. Pour lui, sa femme (Salma Hayek), et ses enfants.

Roberto en veut au système et à la société, mais plutôt que de se mettre au rap, il décide d’offrir à sa femme un peu de répit, en l’espèce un week-end en amoureux dans l’hôtel de leur lune de miel. Mais d’hôtel il n’y  a plus. À la place, un théâtre antique, découvert après démolition, que l’on on a aménagé pour accueillir les touristes. C’est en s’aventurant sur le chantier que Roberto chute et se retrouve avec une tige métallique plantée dans l’arrière du crâne.

Se met alors en place, autour d’un Roberto en sursis, un cirque infernal dont personne n’a le contrôle, et chacun cherche à tirer le meilleur parti de la situation. Les politiques, d’abord effrayés par la mauvaise publicité, veulent précipiter les choses et faire déguerpir le blessé le plus vite possible. Mesquins, froidement pragmatiques, ils font figure d’ opportunistes ayant tourné le dos à l’intérêt général. Quant  aux médecins et services de secours, ils cherchent avant tout à ne pas endosser la responsabilité d’un éventuel décès.

De leurs côtés, les médias - et plus généralement les communicants professionnels - sont la cible principale des attaques d’Álex de la Iglesia. À l’affût du moindre euro à grappiller, ils ne rechignent pas à sacrifier les dernières miettes de leur dignité et à s’asseoir sur leurs principes. Dès lors, Roberto a nettement plus à craindre de ces vautours en costumes noirs pariant sur ses chances de survie, que de cette barre de fer logée dans son crâne.

Un jour de chance (La Chispa de la Vida) © Distrib Films

 

Et la tendresse, bordel ?

Une ironie macabre se dégage d’Un jour de chance. Un joyeux ballet mortuaire se met en branle autour du malheureux Roberto, qui se prend au jeu et, finalement, creuse sa propre tombe en cherchant par tous les moyens à gagner de l’argent grâce à sa soudaine notoriété. Un homme qui illustre à merveille cette tendance souvent décriée à l’ère de Youtube et des réseaux sociaux, à savoir cet exhibitionnisme forcené qui transforme de parfaits anonymes en stars éphémères, parfois à leur dépends. Alex de la Iglesia n’est pas le premier à le faire, mais peut-être le fait-il mieux.

Au beau milieu de cette foire aux vanités : Salma Hayek. Épouse dévouée, de prime abord il n’y a qu’elle pour témoigner ne serait-ce qu’un peu d’humanité. À première vue. Car Álex de la Iglesia se révèle moins amer. Malgré le sang, les larmes et une mesquinerie apparemment généralisée, des seconds couteaux viennent nuancer le tableau. Telle cette journaliste sauvant sa profession aux yeux du spectateur ; ce gardien du théâtre antique incarnant à lui seul l’idée que l’on peut se faire de la bienveillance et de ce que signifie le mot de solidarité, ou encore cette voisine, quittant son rôle de spectatrice avide de mort et de douleur pour pas cher en proposant sa cuisine à l’accidenté. Ça ne fait pas tout, mais ça compte.

Bien qu’il se déroule en Espagne, Un jour de chance s’adapte à la plupart des pays de la zone Euro où chômage entraine pauvreté, peur de la misère, exclusion de ceux qui se retrouvent à la marge, et face à cela ce réflexe de cupidité qui permet toutes les dérives.

 

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