Cinéma

[CINEMA] Piazza Fontana

Par Simon Duflos   
Le 28/11

Le réalisateur de "Nos meilleures années" revient sur l’attentat du 12 décembre 1969 à Milan, sur la parodie d’enquête qui s’ensuivit, et sur le climat politique de ce qui deviendra les "années de plomb". Extrêmes d’un côté, ingérence étrangère de l’autre, Marco Tullio Giordana expose thèses et antithèses, alors que l’Italie peine encore à chercher et condamner les responsables des crimes de cette période.

L’Italie de la fin des années 1960 est plongée dans un chaos politique quasi permanent. La montée de l’extrême gauche donne lieu, en parallèle, à la résurgence de l’extrême droite fasciste. Les premières bombes explosent à Milan, à Trieste, à Padoue. Sans victimes, elles ne font l’objet d’aucune revendication. L’opinion y voit, elle, la main des anarchistes ou des communistes, dont l’influence semble s’accroître à mesure que les conflits sociaux et les grèves éclatent dans le pays.

Le 12 décembre, à 16h37, dans le hall de la Banca dell'Agricoltura sur la Piazza Fontana de Milan, une nouvelle bombe explose. Cette fois-ci, le bilan fait état d’une quinzaine de morts et de cinq fois plus de blessés. Cette fois-ci aussi, un groupuscule anarchiste revendique clairement l’attentat. Le doute, donc, n’est plus permis.  Une certitude qui explique une enquête, et c’est le moins que l’on puisse dire, complètement bâclée et orientée par le pouvoir politique. 
 
Ce sont ces dysfonctionnements et la manipulation des auteurs de l’attentat qui sont au cœur du film de Marco Tullio Giordana. Loin d’un Oliver Stone à l’italienne, il fait le choix de ne pas lever le voile sur certains mystères, jamais élucidés.
 
Piazza Fontana 12 décembre 1969
Valério Mastandrea dans Piazza Fontana © Bellissima Films
 

Anarchy for the Duce

Piazza Fontana est avant tout un épisode de plus de la Guerre froide. Deux ans auparavant, le 21 avril 1967, les colonels prennent le pouvoir en Grèce. Un coup d’État soutenu par la CIA, comme en Iran en 1952, ou plus tard au Chili, pour Pinochet. En Grèce comme en Italie, les États-Unis voient d’un très mauvais œil l’influence montante du Parti communiste, et sont bien décidés à éviter la propagation du virus en Europe de l’Ouest. Du pain béni pour les opérations secrètes des services italiens. Une fois infiltrés, les réseaux fascistes et anarchistes deviennent autant de marionnettes dont il ne suffit plus que de tirer les fils. Le but : établir un régime autoritaire et barrer la route aux Soviets.
 
Derrière les bombes posées par des gauchistes, on retrouve en réalité des groupuscules liés à l’OTAN, à la CIA, où à  certaines sphères fascistes des services de renseignement italiens. À l’instar de l’opération  – avortée – Northwoods, l’idée est de discréditer les communistes pour ensuite retourner l’opinion publique contre eux. C’est ce plan, ce processus, que Piazza Fontana décortique.
 
Si la description des manœuvres clandestines n’est sans rappeler les divagations d’un Thierry Meyssan, le film de Giordana ne fonce pas pour autant bille en tête dans une théorie complotiste générale que pourtant bien des éléments viennent valider. En adoptant le point de vue des hommes de paille des différents camps politiques qui s’affrontent, c’est un pays au bord de la catastrophe que l’italien dépeint. Le  portrait de l’exécutif alors en place est sans appel.
 
Fragilisé par des grèves, des manifestations violentes, des tentatives de déstabilisation venues de toutes parts, le gouvernement ne parvient pas à rétablir l’ordre, alimentant ainsi les désirs extrémistes, à droite comme à gauche. Seule la figure d’Aldo Moro, à l’époque ministre des Affaires étrangères, émerge du marasme. Moro qui sera assassiné par les Brigades rouges en 1972…
 

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