Cinéma

[CINEMA] Savages

Par Simon Duflos   
Le 26/09

Après deux déceptions ("World Trade Center" et "Wall Street II"), Oliver Stone nous a fait peur. Rien à attendre a priori donc de "Savages", et pourtant la surprise est de taille. S’il ne révolutionne pas le genre du "narcofilm", le réalisateur s’amuse avec un scénario efficace à faire monter la tension et un casting de grande qualité.

La mise en scène de narcotrafics amateurs, ou pour le moins atypiques, est récurrente : Blow (2001), Layer Cake (2004), Mr Nice (2010), etc. À la télévision, Breaking Bad en est à sa cinquième saison. Un genre donc bien établi, avec ses codes, ses traditions. Si Savages ne renverse pas la table, et ne s’épargne pas certains clichés, ce 23ème long métrage – tout de même – d'Oliver Stone, apporte des éléments nouveaux.

 

Idéalisme et ménage à trois

On le sait tous, les dealers en herbe (#jeudemots) sont bien souvent motivés par autre chose que la fade odeur de l’argent. Dans Savages, les cultivateurs de cannabis, Ben (Aaron Taylor-Johnson) et Chon (Taylor Kitsh) sont diplômés en botanique et en commerce pour l’un, et ancien soldat de retour d’Afghanistan. Tous deux vivent en bord de mer, font du surf, et vivent avec O, la fille sympa (Blake Lively) qui n’a pas su choisir entre eux deux et a donc opté pour le ménage à trois. Le tableau donc : herbe, jeunes, triolisme et une certaine idée du cool. Mais même ultra stéréotypés, l’ancien Marine et son comparse hippie ouaouache n’en sont pas moins attachants. 
 
On apprend dans Savages que l’argent de cette drogue cultivée dans le garage peut servir à des projets humanitaires, que le recours à la violence n’est pas systématique, et que tant qu’à faire, le management d’un cartel devrait s’apprendre dans les écoles plutôt que dans la rue. Pas étonnant si l’on considère les positions d’Oliver Stone sur la question de la dépénalisation/légalisation.
 
Savages, Blake Lively, Aaron Johnson, Taylor Kitsch
Blake Lively, Taylor Kitsch et Aaron Johnson © Pathé Distribution
 
 
Il faudra une bonne demi-heure au film pour entrer dans le vif du sujet, et faire entrer un Benicio Del Toro qui va incarner à lui seul toute l’horreur et la violence des cartels mexicains. Si à côté de lui, John Travolta est plutôt falot,   Salma Hayek tient elle le haut du pavé en fatale baronne de la drogue, impitoyable et sexy en diable. 
 

La vengeance dans la beuh

Dans le narco trafic, le nerf de la guerre, c’est la qualité. Posséder la meilleur came et la déverser sur le marché, c’est tuer la concurrence. Et la concurrence n’aime pas trop ça. Pas forcément au courant, nos deux surfers l’apprendront un peu tard. Résultat tout y passe : exécutions à l’essence, torture au fouet, viol, attaque de convoi au lance-roquette… Pourtant, si Oliver Stone met en scène la violence avec force détails, elle n’est pas pour autant le cœur, le sujet de son film. 
 
Il préfère s’attarder sur les liens de cause à effet du commerce de drogues : pourquoi de jeunes adultes qui refont le monde en fumant un pétard sont amenés à se servir de fusils mitrailleurs, de mines, et comment leur vision du trafic, idéalisée, évolue. Rien de bien neuf, certes. Mais Oliver Stone fait pour une fois preuve de retenue, et évite un épilogue larmoyant ou moralisateur. Chacun est libre de tirer les conclusions qu’il veut sur cette anecdotique histoire de plus au royaume de la fumette. Remercions-le au passage de nous épargner les traditionnelles scènes de déchirure entre deux amis devenus rivaux, tout ça tout ça.
 
Blake Lively et Benicio Del Toro dans Savages d'Oliver Stone
Blake Lively et Benicio Del Toro © Pathé Distribution
 
La performance de Benicio Del Toro et la froideur de Salma Hayek donne au spectateur un certain plaisir à assister à cette vengeance réfléchie des deux artisans de la marie-jeanne, qui deviendront finalement les égaux, dans la cruauté, de leurs ennemis mexicains. La tension des trois derniers quarts d’heure ne retombe qu’à l’épilogue, après une dernière pirouette discrètement et savamment amenée. On peut regretter que certains thèmes n’aient pas été approfondis, notamment la relation plus complexe entre Ben et Chon.
 
Si Savages n’a pas vocation à faire avancer le débat sur la légalisation des drogues douces dans les pays où il sera diffusé, il met en scène une extrapolation de la réalité qui se révèle paradoxalement assez juste. C’est le pot de terre contre le pot de fer, la mondialisation contre l’artisanat. La barbarie des cartels contre le sens de l’humanité des idéalistes. 
 

 

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