Cinéma

La Terre outragée : le temps suspendu

Par Marion Haudebourg   
Le 28/03

Entre Fukushima le 11 mars et Tchernobyl le 26 avril, c'est à se demander si le printemps n'est pas un peu atomique. Du coup, ce "Terre outragée" arrive à point nommé entre les deux anniversaires et éclaire quelque peu l'avenir nippon.
terre-outragee-Olga-Kurylenko

Bien loin des débats sur la poursuite ou non du nucléaire et/ou des conséquences écologiques d'un accident de ce type, La Terre outragée, malgré son titre, s'intéresse surtout à l'humain. Au rapport de l'humain à la terre. Un jour de printemps, un couple se marie à Pripiat. Il fait beau. Ils sont heureux. C’est avant que cette pluie ne tue les arbres plantés avec amour par les enfants. Avant que cette lumière étrange n’envahisse l'écran. Une lumière sombre et étonnamment belle. Le contraste est saisissant, et Michale Boganim en joue, alternant entre la joie ensoleillée d'un dimanche et le calme implacable des premières gouttes toxiques. Entre la vie simple et la nature bientôt morte. Elle présente longuement ses personnages : un jeune couple, une famille, un garde forestier. Innocents et inconscients. Mais ce n'est ni un énième film catastrophe, ni un drame larmoyant que nous sert la réalisatrice. Juste la vie interrompue. Le sacrifice. Et le deuil impossible.

Irradié

Michale Boganim passe rapidement sur la gestion de la crise, sans la taire. Le silence des autorités, la panique. Car ce qui l'intéresse, c'est comment vivent ces gens dix ans après. Quel rapport ils entretiennent avec ce qui leur a été arraché. Le traumatisme. A Pripiat, la jeune mariée aussitôt veuve est devenue guide d'un étrange tourisme. Dans une ville dévastée, abandonnée, les cars déversent les curieux. Une manière pour elle de ne pas quitter ce passé qui n'existe plus. Cet endroit vide, conquis par la neige et le silence. 


(c) Les Films du Poisson, Maxim Donduyk

L'atmosphère est glaçante. Le néant balaie tout. Dans les vestiges d'un dynamisme tout soviétique, la jeune femme est le fantôme d'elle-même. Saisie d'une attirance morbide pour cette ville où certains vivent encore. Persuadés que rien ne peut les en déloger, pas même les pommes irradiées qu'ils continuent de cultiver et de manger. Pas même les ambitions d'ailleurs. Comme à tout jamais liés à ce qu'ils n'auraient jamais quitté. Ils ne peuvent pas partir, ils ne peuvent pas rester.

La Terre outragée est la chronique d'un temps suspendu, de vies sous l'emprise des lieux qui les ont vues naître, à tout jamais arrêtées à ce jour d'avril. Sur le parcours de la visite touristique, on s'attarde sur le parc d'attractions qui devait être inauguré en grande pompe. Symbole de la promesse de jours radieux. Image de l'élan brisé

La Terre outragée, de Michale Boganim – sortie le 28 mars. Avec Olga Kurylenko, Andrzej Chyra, Serguei Strelnikov. Durée : 1h48

 

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