Cinéma

Tucker & Dale VS Evil

Par Anthony Poiraudeau   
Le 22/02

Tucker & Dale vs Evil, de Eli Craig, expose les clichés du groupe d’étudiants idiots et des dangereux campagnards arriérés. White trash à bloc.

White Trash 

Le white trash est un vieil archétype mineur de la culture populaire et du roman américains. White trash (qu’on pourrait traduire par raclure blanche) désigne la figure fantasmatique issue des populations blanches, pauvres, et habitant les zones très rurales des Etats-Unis. Ils vivent dans la cambrousse, les coins paumés, la rase campagne. D’autres termes existent, variables selon les régions et les époques : redneck, hillbilly, cracker, etc. Il arrive que l’expression s'applique aussi à des habitants de zones urbaines, occupant alors souvent des trailer parks, des aires pour mobile-homes en bord de ville. Eminem, par exemple, qui a grandi dans un trailer park de Detroit, se désigne lui-même comme white trash.

Pourtant le white trash est beaucoup plus souvent rural : c’est le bouseux, le péquenaud, le cul-terreux. Un archétype caractérisé par sa saleté, sa méchanceté, son arriération, sa turpitude et son extrême bêtise. C’est une figure de dégénéré au comportement bestial (le vice en plus), tapi au fond de la campagne, et qui n’aura de contact avec le monde civilisé que lorsqu’il prendra pour gibier à abattre et à dépecer quelques malheureux et insouciants urbains qui se seront hasardés sur les lieux inaccessibles aux secours que sont son territoire.

Ce type de personnage a donc logiquement trouvé sa place dans des films présentant ce type d’intrigues. Le principe est simple : des urbains s’aventurent à la campagne, où des locaux stupides et violents font office de bourreaux. Un genre de thriller que l'on appelle survival. On l’aura compris, il est tout simplement question de sauver sa peau. Davantage dans le registre du film d’horreur, le slasher, un sous-genre, a la particularité de mettre en scène un tueur généralement fou qui tue un à un toutes les forces en présence. Les deux films les plus emblématiques de ces genres sont peut-être Délivrance de John Boorman (1972) et Massacre à la Tronçonneuse de Tobe Hooper (1974).

"Vous trouvez qu'on a la tête de tueurs fous ?"

La force intellectuelle et comique du film Tucker & Dale vs Evil, de Eli Craig, est de reprendre à plein régime, jusqu’à l’outrance parodique, l’ensemble des poncifs d’un film présentant la situation canonique où une bande d’étudiants stupides part faire du camping au fin fond de la cambrousse. Ils rencontrent alors lesdits white trashes locaux et meurent tous les uns après les autres dans des conditions bien entendu épouvantables. Pourtant, ici Eli Craig retourne complètement l’habituelle condition sine qua non : loin d’être des monstres, les deux hillbillies (Tucker et Dale), sont inoffensifs et paisiblement occupés à pêcher et à retaper une maison en bois. Seul problème : elle se situe à côté du site où les étudiants ont établi leur campement.

Après un quiproquo – on croit qu’ils ont enlevé Allison alors qu’ils n’ont fait que la secourir, la bêtise épaisse et l’inouïe maladresse des étudiants, ainsi que l’énorme malchance de Tucker et Dale feront que les deux locaux porteront l’habit et la fonction de tueurs fous aux yeux de leurs voisins. Ces derniers connaîtront des sorts épouvantables sans que les deux braves campagnards y soient pour quoi que ce soit. Penauds, ils se retrouvent même bientôt menacés de mort par la bande de jeunes qui n’a d’autre objectif que de leur faire la peau, selon une logique de légitime défense fantasmée, mais aussi parce que c’est là l’occasion d’exterminer cette sale race de bouseux dégénérés.

Le grand détournement

Le comique du film repose donc sur un quiproquo croissant, la disproportion monstrueuse entre le malentendu et ses conséquences horrifiques, et la présentation effrénée des clichés, exposés pour précisément ce qu’ils sont : des artifices, de pures constructions mentales. Si les voisins ont l’apparence de white trashes, c’est donc qu’ils en ont aussi la violence et le vice. Conséquence : s’ils ont emmené Allison avec eux, c’est pour la violer, la tuer ou la manger, comme font tous les types de leur espèce. Et puisque le massacre ne s’arrêtera pas à elle, il s’agit donc de les buter. Ce sont des rednecks, nous en avons le droit.

En déroulant ces enchaînements comiques, avec l’intelligence de toujours préférer les premier et troisième degrés au second, Tucker & Dale vs Evil prend précisément la position du regard du spectateur, le point de vue depuis lequel le malentendu prend son sens, et confronte les différentes manières d’interpréter la situation. C’est tout l’intérêt et la limite même de ce film qui se contente de ce retournement et détournement de clichés. Pas désagréable cependant, il procure un réel plaisir à l’amateur de séries B. C’est aussi l’occasion de rendre justice, une fois n’est pas coutume, à au moins deux white trash.

 

Tucker & Dale fightent le Mal est encore visible dans quelques salles.

 

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