Ressources humaines

Les ailes du désir

Par Pierre Michel   
Le 09/03

Parce qu’à travers chaque être humain, un espace unique et intime s’ouvre sur le monde, « Ressources humaines » explore ses territoires et ses richesses. Aujourd'hui, la construction d'un avion.

Les ailes du désir

On connaissait la « Soucoupe et le perroquet » ou l’histoire, filmée par les caméras pleines d’empathie de l’émission « Strip-tease», de Jean-Claude, 50 ans, qui non content de toujours vivre chez sa mère, construisait une soucoupe dans son jardin. Une soucoupe en bois. Le diable, comme toujours, se niche dans les détails. Pourtant, loin des villes, au cœur des petits village, ce type d’homme est ce que l’on appelle un « original ». On en parle à la boulangerie, on en rit un petit peu chez le boucher, mais on reconnaît volontiers à la sortie de la messe qu’après tout, rendons à César ce qui lui appartient, « il ne fait de mal à personne ». Ce qui jusqu’à preuve du contraire (par exemple avec un sordide fait divers) reste tout à fait vrai. Cette personne peut même traverser les décennies et toute une vie sans la moindre anicroche. C'est ce bon sens qui fait la richesse de nos campagnes - là même où ces « originaux » peuvent en toute quiétude évoluer, au grand air, sous le regard goguenard mais compatissant de leurs contemporains. 

Trappe aise

Il en va autrement dans l’enfer des villes. Comme en l’occurrence à Trappes, cette ville qui ne dort jamais. En 1969, on y compte quelques 16 799 habitants. La commune est en ébullition et, revers de la médaille, la crise du logement bat son plein. Sale temps pour les originaux. Prenons cet homme dont nous ne connaîtrons jamais l’identité, car sans nom auquel le raccrocher. Cet homme donc. De prime abord, rien ne le distingue de ses congénères. Il est même plutôt et pourrait sans problème orner n’importe quel guichet de banque de sa présence. A part une tendance à enfiler subrepticement une paire de lunettes de soleil après un bref plan de coupe, rien ne permet de déceler chez lui une quelconque fantaisie. Cet homme est gris. Oui mais non, parce que l’individu est avant tout un être habité par une passion et cela, depuis sa très jeune vie d’adulte. Encore étudiant, quelque chose le hante, au point de vouloir en faire l'objectif de toute une vie. Cette chose, c’est l’aviation, ou plus précisément, un avion. Si d’aucuns se contentent de peu et jettent leur dévolu sur d’anodines maquettes, même 1/5e, lui a tout de suite vu les choses en grand - et donc, grandeur nature.  

Per ardua, ad astra

Il y a donc neuf ans de cela, il décide de construire un avion mais, si la France a un incroyable talent, elle ne fait rien pour l’encourager. Va construire un avion dans une chambre d’étudiant. Lui l’a fait. Enfin pas vraiment. Mais c’est ainsi qu’il a commencé, tout comme Hannibal avant de marcher sur Rome est tout de même d'abord sorti de chez lui. A toute entreprise d'envergure, il faut un point de départ. Est-il encore utile de le répéter : on n'a rien sans rien.
N’empêche que l’espace vital, même si le terme a été légèrement galvaudé par les aléas de l’histoire, c’est important. L’homme se lance donc dans une course folle à la conquête de l’espace. Tout d’abord un studio, lieu qui voit les premières nervures d’ailes être confectionnées sur la table de la cuisine. Le tout, jusqu’à des heures indues. Puis viennent le deux-pièces et le trois-pièces. « Parce que le fuselage, c’est un gros morceau », ce dont tout le monde conviendra, d’autant plus qu’il y a des bambins et que conjoncture oblige, « il faut des pièces pour les enfants ». Bah oui.
Pendant tout ce temps, Madame soutient son homme : « C’est pour sa situation, alors oui. » Patience et longueur de temps. L’homme mise gros : grâce à l’engin, il compte trouver un travail chez un industriel « pour amener la machine et la piloter ». Pas pilote pour un sou, il n’exclut pourtant pas de passer le brevet. Qui peut le plus peut le moins.
Mais ce couple n’est pas de ceux qui se démontent et baissent les bras, et ce même face aux quolibets comme ceux dont il a fait l'objet lorsqu’il a fallu batailler pour obtenir certains matériaux : « Etant amateur, on ne nous prenait pas au sérieux. » Cruel. De quoi être découragé. Ce à quoi Madame acquiesce. Mais à deux, rien n’est impossible, les forces décuplent, « il y en a toujours un pour remonter le moral de l’autre » parce qu’« il est bien rare qu'on soit découragé en même temps ». Dommage. Oui parce qu’en admettant que l’on puisse, à force de persévérance, construire un avion d’affaire dans un F3, il faut pouvoir l’en extraire. Pas abattus, ils ont trouvé la solution : « Si ça passe pas, faudra faire un trou. » Dans cet appartement au deuxième étage. 
 

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