Instantané

Perdus dans l'espace

Par Simon Duflos   
Le 31/01

L’Iran a affirmé, lundi 28 janvier, avoir réussi à envoyer un singe dans l’espace, et à le ramener vivant. Le malheureux primate n’est pas le premier à être ainsi propulsé dans les nuages. Albert II, Laïka, Félicette, Hector... autant de héros de l’aéronautique insuffisamment célébrés. En 1783, déjà, les frères Joseph et Etienne Montgolfier firent monter dans un de leurs ballons d’essai un mouton, un coq et un canard, qui survécurent à l’expérience, en bonne santé et sans traumatisme apparent. Par la suite, nombre d’autres explorateurs à poils ou à écailles ont tenté l’aventure spatiale bien malgré eux, avec plus ou moins de réussite.

La planète des singes morts

Étiquette oblige, commençons cette liste avec Albert I, le premier de son espèce à s’élever dans les airs pour un vol suborbital, à bord d’une fusée V2 (oui oui, le même modèle que celui que nos amis les Allemands envoyaient sur Londres). Albert I est ici un singe, un macaque rhésus plus précisément. Le 11 juin 1948, il s’élève à 63 kilomètres et meurt étouffé dans sa capsule. L’émotion, sûrement. Mais sa lignée ne s’éteint pas pour autant, il est suivi un an plus tard, le 14 juin 1949, par Albert II, le premier à réellement partir dans l’espace, à 134 kilomètres au-dessus du sol (la limite de l’espace est située sur la ligne de Karman, à 100 kilomètres). Lui non plus ne survivra pas, les parachutes de sa capsule ne s’ouvrent pas, et il meurt aplati au sol.

Pas découragés, les ingénieurs de la NASA envoient Albert III en orbite. Le pauvre n’aura pas la chance de battre le record de son aîné, il explose en vol à 10 kilomètres d’altitude. Albert IV réédite l’exploit d’Albert II, et termine comme lui dans le crash de sa capsule. L’hécatombe continue jusqu’au numéro VI, qui est cependant le premier à avoir survécu au retour sur Terre. Deux heures, certes, mais revenu vivant tout de même. Par la suite, d’autres singes voleront sur d’autres fusées, avec plus de succès.

Albert I avant son voyage funeste vers la stratosphère

 

Laïka

La plus célèbre quadripède après Lassie, Rintintin, Milou, Zeus et Apollon, Beethoven... est sans doute Laïka, cette chienne russe retrouvée errante dans les rues de Moscou. La pauvre aurait sans doute mieux fait de se casser une patte ce jour-là. Pour l’entraîner à son vol spatial, les Soviets lui concoctent un programme au poil (olé) : centrifugeuse en veux-tu en voilà, séjours prolongés dans des cages de plus en plus petites, administration de laxatifs, écoute à fort volume des bruits du vaisseau spatial... Ce traitement aura pour effet de doubler le rythme cardiaque et la pression sanguine de la chienne.

Quoi qu’il en soit, le 31 octobre 1957, on l’installe à bord de Spoutnik 2. Elle y restera trois jours jusqu’au lancement le 3 novembre. C’est un peu long, oui. Le décollage se passe relativement bien, même si l’animal donne tous les signes d’un stress extrême. Ce que les ingénieurs russes n’avaient pas prévu, c’est le déchirement d’une partie de l’isolation thermique de Spoutnik 2, qui provoque un réchauffement de la cabine. À l’intérieur, il se met à faire 40°. Au bout de cinq à sept heures de vol, selon les versions, Laïka ne donne plus signe de vie. C’est malheureux, oui, mais de toute façon, la chienne n’avait pas pris de billet retour vers la Terre. Au bout de sept jours, elle devait être euthanasiée grâce à une portion de nourriture empoisonnée...

Laïka dans sa capsule-cercueil à bord de Spoutnik 2

 

Cocorico

La France n’est pas en reste en matière d’envoi d’animaux dans l’espace. C’est Hector qui ouvre le bal, le 22 février 1961. Il embarque à bord de Véronique, la fusée qui doit l’emmener à 110 kilomètres d’altitude. Le lancement a lieu à Hammaguir en Algérie française, comme on disait à l’époque. 8 minutes de vol spatial pour Hector, qui revient en pleine forme sur Terre. Mieux que les américains, donc. Cependant, on le tuera six mois plus tard pour l’autopsier et étudier les effets de la pesanteur sur son corps. Qui dit rat, dit chat. Le 18 octobre 1963, c’est la chatte Félicette qui est envoyée à la poursuite d’Hector, pour un vol de 10 minutes. Là encore, succès total, l’animal rentre sain et sauf.

 

Afrique adieu

 

Impossible de terminer sans évoquer le sort de Kavira, le rat embarqué à bord de la désormais célèbre fusée congolaise Troposphère V. Le 29 mars 2009, elle s’élève depuis Menkao, à 120 km à l’est de Kinshasa. La suite en images.

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