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Les Charlots, Herbert Léonard, ou la chanson sexuelle


Le 04/03

Le décès de Gérard Rinaldi offre à SAM l’occasion de revenir sur la carrière des Charlots, et de découvrir que le principal mérite du groupe aura peut-être été de former le véritable modèle d’Herbert Léonard. Rien que ça. Avis aux amateurs.

Potaches au cinéma

Les Charlots sont les ambassadeurs d’un certain humour franchouillard, grivois et potache. Les rediffusions télévisées aidant, la mémoire collective a surtout retenu leurs films, grands succès dans les années 1970, tels que Les Bidasses en folie, Les Fous du stade, ou encore Le grand Bazar, tous réalisés par Claude Zidi, ce qui pose d'emblée un style. Citons quelques autres opus de l’œuvre zidienne pour bien cerner le genre qu'il aime à porter à l'écran : L’Aile ou la cuisse, Les sous-doués, Banzaï, Les Ripoux, Les Rois du gag. Mais les Charlots n’avaient pas commencé par le cinéma, et Gérard Rinaldi avait débuté dans la chanson bien avant d'être au casting de la série Marc et Sophie.

Yéyés

Les Charlots (un temps nommé « Les Problèmes ») sont d’abord un groupe yéyé : Gérard Rinaldi au chant et au saxophone, Jean Sarrus à la basse, Gérard Filippelli (dit le grand Phil) à la guitare solo, Luis Rego à la guitare rythmique et Jean-Guy Fechner à la batterie. Dans la deuxième moitié des années 1960, les Charlots sont même considérés comme un des meilleurs groupes yéyé, musicalement parlant. Ils sont alors avant tout l’orchestre d’Antoine, mais se produisent aussi comme groupe à part entière, sur disque et sur scène, et ils assureront les premières parties de Françoise Hardy, Johnny Hallyday, Claude François, et aussi incroyable que ça puisse paraître, des Rolling Stones.

L’humour, tout bascule

Pour comprendre comment on peut bien passer des Rolling Stones aux Bidasses en folie, il faut savoir qu’à un moment, les Charlots ont décidé de se spécialiser dans la chanson humoristique du type « Paulette, la reine des paupiettes », « Sois érotique », et bien sûr « Merci patron ». Leur arsenal comique s’étend à la chanson graveleuse, voire paillarde, mais c’est tardivement qu’ils culmineront dans cette veine, avec l’album Fesse en rut majeur de1985, duquel est tiré ce titre étonnant :



Voilà. Passons sur les détails. C’est un boogie proprement exécuté sur lequel Gérard Rinaldi chante des saloperies sans que la moindre blague vienne enrichir le comique, ni que la moindre progression vienne justifier la poursuite de la chanson. En toute simplicité.

L’album entier est à l’avenant, on pourra par exemple écouter « La petite branlette » pour s’en convaincre. Il contenait également le titre « Ah viens », plus élaboré grâce à son jeu de césure des paroles :

Compagnons de route

Ceci ne nous rappelle-t-il pas quelque chose ? Si : c’est le même ressort comique que celui qu'on trouve dans le sketch « Le hit des hits » (1990), des Inconnus :



Outre l’antériorité et la bien meilleure interprétation des Charlots, relevons que les Inconnus proposent là une parodie très identifiable d’Herbert Léonard (le chanteur du sketch s’appelle Hervé Cébonnard), qui peu d’années auparavant avait inondé ondes et plateaux télé de chansons de variétés à fort contenu sexuel, principalement destinées à un public de ménagères de quarante ans et plus, voire beaucoup plus. L’écart entre la quasi pornographie de ses paroles et la respectabilité des mères de familles à qui elles étaient destinées, porté par la posture de sensualité virile d’Herbert Léonard, produisait un très étrange mélange de variété française ordinaire et de lubricité, mais tout le monde semblait trouver ça normal, et d’ailleurs le chanteur vendait beaucoup de disques et de places de concert. L’album sexuel de Léonard, Laissez-nous rêver (1987), contient deux des plus grands succès du chanteur : « Laissez-nous rêver » (où il est question des jeunes femmes qui posent pour la presse pour adultes, « ces magazines qu’on lit d’une main »), et « Quand tu m’aimes », sommet indépassable de la posture phallique d’Herbert Léonard, tous synthés eighties, virilité du timbre et puissance de l’organe dehors – avec clip à l’esthétique de téléfilm érotique, et séquences tournées dans une salle du Musée d’art moderne de la ville de Paris consacrée à Sol LeWitt :



Ce rapprochement d’Herbert Léonard et des Charlots via les Inconnus se trouve être fort pertinent. En effet, Pour le plaisir... et pour le reste, l’autobiographie d’Herbert Léonard publiée en 2011 nous apprend qu’à la fin des années 1960, Léonard a souvent tourné avec Antoine, alors accompagné par Les Charlots. Il s’associe d’ailleurs au concert de louanges sur la qualité musicale des Charlots, dont il se dit admiratif.

L’horizon pornographique

Bien plus tard, au cours des années 1980, alors que les Charlots sont sur le déclin et qu’Herbert Léonard est au sommet (après une longue retraite dans les années 1970, suite à un grave accident de voiture), il font respectivement paraître leur album le plus sexuel à deux ans d’intervalle. Celui des Charlots en 1985, celui de Léonard en 1987, l’un humoristique mais pas vraiment drôle, l’autre pas du tout pour plaisanter.

Bien plus tard encore, au début des années 2000, à l’époque de son album Génériquement vôtre (un album d’un type inédit, entièrement composé de génériques de séries télé, certains s’étant vus ajouter des paroles), Léonard fait part du projet de reprendre ses propres chansons dans des versions pornographiques, présentant ceci comme une certaine forme d’aboutissement de son travail. Il donne deux exemples de titres : « Pour le plaisir » deviendrait « Pour la faire jouir », et « Puissance et gloire » deviendrait « Jouissance et poire » ou « Scatoballon » (oui, c’est parfaitement saugrenu). C’était à coup sûr une plaisanterie, et il n’y a à peu près aucun espoir que cette totale étrangeté existe un jour. Ça donnerait des chansons où Herbert Léonard raconterait de parfaites obscénités, le plus sérieusement du monde, comme si c’était tout à fait normal. Ce serait en somme une sorte de réplique de l’album Fesse en rut majeur des Charlots, l’intention humoristique en moins, mais avec un résultat comique largement supérieur.

 

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