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Trilogie Guns N' Roses #2 : nouveau type de fiction


Le 19/02

Comment les trois volets de la trilogie vidéo des Guns N’ Roses instaurent un rapport spécifique entre la fiction qu’ils exposent et la vie réelle des membres du groupe.

Suite du #1 de la trilogie des Guns par Anthony Poiraudeau

 

Dressons un inventaire des différents registres d’image présents dans les clips de rock, pour comprendre le caractère unique des clips de « Don’t Cry », « November Rain et « Estranged ».

Registre rock #1 : le docu

La majorité des clips de rock proposent des images de registre documentaire – des extraits de concerts et des images des musiciens dans les loges, en studio, ou au cours de leurs diverses activités en commun (celles qui sont montrables, du moins). Nous sommes aux limites de ce registre dans les cas, relativement fréquents, où les musiciens jouent devant les caméras pour fournir les images du clip.

Registre rock #2 : la fiction

Un deuxième registre est celui des images de fiction. Il n’est pas rare que les clips de rock en présentent. La plupart du temps, ce sont des fictions minimales : on y voit les musiciens dans des situations non musicales et mises en scène. Par exemple, marchant dans des friches et des terrains vagues, effectuant une parade nuptiale, voire retournant en enfance, dans une salle de classe où la professeure est devenue une bombe sexuelle. Ça évoque une atmosphère, ça pose une ambiance, ça dessine parfois une situation, mais il n’y pas d’enjeu d’intrigue – c’est tout au plus l’occasion d’insérer quelques gags.
Il arrive, dans des cas plus ambitieux, que la nature fictionnelle du clip soit largement plus développée. Le résultat ressemble à une sorte de court-métrage narratif et en musique. Le clip emblématique de ce cas de figure n’appartient pas au hard rock : c’est évidemment celui de « Thriller » de Michael Jackson – faut-il le dire ? – et réalisé par John Landis. Ici, on a une vraie histoire : Michael Jackson et sa petite amie sortent d’un cinéma dans lequel un film d’épouvante est projeté. Ils marchent dans la rue, et Michael se transforme en mort-vivant, est rejoint par de nombreux congénères zombiques, avec lesquels il cerne en dansant celle qui était sa petite amie avant qu’il ne quitte sa forme humaine. Le chant et la danse sont interprétés dans le déroulement de l’intrigue par des protagonistes de l’action, sur le modèle de la comédie musicale.

Des fictions dont les Guns sont les héros

Si les séquences fictionnelles du clip de « Don’t Cry » (et celles de deux autres clips de la trilogie) entrent dans cette catégorie du clip de fiction élaborée, elles n’en demeurent pas moins exceptionnelles dans leur genre, et sont peut-être même un cas unique.
Alors qu’il est clair que, dans « Thriller » comme dans les autres vidéoclips présentant une fiction élaborée, le chanteur ou les musiciens jouent un rôle de fiction, dans le cas des clips de la trilogie des Guns N’ Roses, il est évident que les membres du groupe prennent part à des scènes de fiction dans lesquelles ils jouent leur propre rôle. C’est là qu’est toute la différence. Leur look est le même que sur scène, la stèle de « Don’t Cry » (voir l'article #1 de la trilogie) est au nom d’Axl Rose, sa petite amie dans le clip et dans sa vie d’alors sont une seule et même personne, etc.

La fonction de ces clips et leur réception en sont du coup radicalement modifiées. En jouant leur propre rôle dans la fiction, ce que les Guns N’ Roses donnent à voir au public et surtout à leurs fans sont leurs extraordinaires aventures d’idoles et les possibilités romanesques qu’ouvrent leurs vies de stars mondiales du rock. Il y a comme une inopérante tentative de retournement des registres documentaire et fictionnel dans ce qui serait le projet de produire un documentaire parfait et totalement fictif : les clips montreraient la vie réelle – hautement fantasmée – des Guns, tout en libérant les images du soupçon d’artifice qu’induit la caméra documentaire.

Seul sur le sable



Ce régime spécifique de fiction s’étend avec le clip suivant de la trilogie : celui de « November Rain » (qui était alors le plus cher clip jamais réalisé : 1,5 million de dollars). Les scènes de fiction sont de même nature que celles de « Don’t Cry » (les Guns jouent leur propre rôle dans une version bande de potes) et semblent former un récit dans la continuité de « Dont Cry ».
L’histoire est de nouveau centrée sur le couple formé par Axl Rose et Stephanie Seymour. Il s’agit de leur mariage et de la tragédie qui le suit : l’enterrement de la jeune mariée, morte dans des circonstances qu’on ne nous présentera pas. Pourtant, trois indices font privilégier l’hypothèse d’un suicide de la mariée par arme à feu : son regard triste au milieu de la joie générale, la façade d’une armurerie, et le miroir disposé dans l’axe de son visage à l’intérieur de son cercueil ouvert, permettant de voir un visage complet dont un côté a été lourdement endommagé.

Dans ce deuxième volet, l’histoire est plus linéaire et compréhensible (même s’il y a suffisamment d’interprétations concurrentes de certains menus détails pour animer de nombreuses discussions sur des forums), et « November Rain » – qui est aussi le morceau le plus connu des deux albums Use your Illusion – demeure le clip le plus célèbre de la trilogie. Probablement parce qu’il comporte quelques séquences particulièrement emblématiques, d’un lyrisme débridé, aussi romantique que californien.
Impossible d’oublier le solo de Slash dans le désert (sur une guitare débranchée), aux abords d’une chapelle de bois blanc jouxtée par un petit cimetière, le tout filmé depuis un hélicoptère balayant le sable et en mettant plein la chevelure du guitariste.

Dernier volet de la trilogie des Guns N' Roses par Anthony Poiraudeau

#3 : Spectacle du naufrage 

 

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