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Trilogie Guns N' Roses #1 : Appetite for production


Le 17/02

En 1991, alors que les Guns N’ Roses sortent les deux albums Use your Illusion, le groupe vise le succès planétaire, et compte notamment sur trois clips à gros budget pour conquérir le monde. #1 d'une série de trois articles.

Quelques années après être devenu l’un des groupes les plus reconnus du public assez cloisonné du hard rock, les Guns N’ Roses entendent passer à la vitesse supérieure – à savoir, ni plus ni moins, gagner le titre officieux, volatile mais convoité de plus grand groupe de rock du monde. Ce qui passe par : vendre des albums par dizaines de millions d’exemplaires, jouer dans des stades remplis à craquer, vivre dans la démesure et, donc, devenir des superstars planétaires.
Pour ce faire, ils ne coupent pas le cheveu en quatre et font en sorte que leurs productions soient désormais des événements historiques, ou du moins puissent être considérées comme tels en termes d’hypertrophie des livraisons.

Metal Machine Music

Le projet se cristallise en septembre 1991, lorsque le groupe sort simultanément deux albums plutôt qu’un seul (Use your Illusion I et Use your Illusion II, dont la durée de 76 minutes approchait le maximum permis par le support CD), jalonnés de nombreux hits potentiels, dont des ballades. Une ferme assurance se dégage de l’ensemble.

Les Guns N’ Roses sont alors déjà en tournée, et allaient l’être jusqu’en 1993. Une tournée mondiale de plus de 2 ans, avec plus de 190 dates (à l’époque, la plus longue jamais réalisée). Un premier single prometteur, « You Could Be Mine », était déjà sorti en juin pour accompagner la sortie du film Terminator 2. La très très grosse artillerie. Ca fonctionne : la tournée est un succès, les deux albums sont n°1 et n°2 au classement des ventes de disques, et la célébrité mondiale est énorme. L’enchaînement est rapide : c’est à Slash que Michael Jackson fait appel pour l’accompagner sur quelques titres de Dangerous, pendant qu’Axl Rose entame une relation avec le supermodel Stephanie Seymour.

Videodrome


La trace la plus saisissante de ce moment de gigantisme se trouve sans doute dans les trois clips que le groupe tourne pour les ballades à succès de Use your Illusion I et II : ceux de « Don’t cry », « November Rain » et « Estranged ». Ces trois clips, que l’on nommera trilogie, semblent être un cas assez unique dans l’histoire du rock et du vidéoclip, par le budget faramineux que leur tournage a réclamé, par leur ambition cinématographique, et par le rapport qu’ils instaurent entre leur contenu et la vie réelle des membres du groupe.
 

Les trois clips sont tournés à plus ou moins 1 an d’intervalle, de 1991 à 1993. Le premier, celui de « Don’t Cry », se distingue d’emblée de la production habituelle des clips par sa dimension cinématographique. L’alternance classique entre des séquences montrant les musiciens jouant le titre et dans des situations plus « quotidiennes » est certes maintenue, mais l’étendue des moyens disponibles pour la réalisation (décors, qualité filmique des images) est ostentatoire, et les scènes dans lesquelles les Guns ne sont pas en train d’interpréter la chanson sont de vraies scènes de fiction.

There’s a lot goin’ on

Le clip raconte de toute évidence une histoire, dont les tenants et aboutissants restent pourtant largement incompréhensibles. Ce que l’on pourra comprendre de l’intrigue est qu’elle raconte la relation tumultueuse d’Axl Rose et de sa petite amie, interprétée par Stephanie Seymour.

De scène de ménage en scène de jalousie, en passant par une tentative de suicide et la remémoration nostalgique des moments apaisés, le couple est à vif et se déchire. Le reste des scènes de fiction semble à la fois sursignifiant et incompréhensible.

On y perçoit les fragments d’une vaste histoire dont on ne nous livre que des morceaux. A un moment, Axl est secoué de spasmes au cours d’une séance de psychothérapie avec sa (vraie) psy (Suzzy London, femme zélée et sûrement bien payée, qui accompagna parfois le groupe en tournée). A un autre il est hospitalisé et rencontre deux de ses doubles avant qu’enfin, il ne se rende, claudiquant et sous escorte armée, dans un cimetière où il va voir sa propre tombe, dans laquelle souffre, à perpétuité mais depuis l’année précédente (la stèle indique « W. Axl Rose 1962-1990 »), ce qui semble bien être son âme – une version nue, tremblante et verte de lui-même.

Le premier clip de la trilogie se refermera sans avoir résolu les énigmes qu’il a ouvertes, et sans qu’on sache alors que ces mystères allaient être ultérieurement relancés – même si le carton de fin nous laisse avec le message suivant : « There’s a lot goin’ on. »

La suite de la trilogie des Guns par Anthony Poiraudeau est ici 

#2 : Nouveau type de fiction

#3 : Spectacle du naufrage

 

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