Les gens

Loukachenko : le dernier moustachu

Par Simon Duflos   
Le 11/09

L’équipe de France de football affronte ce mardi 11 septembre la Biélorussie, en match de qualification pour la Coupe du monde 2014. S’il n’y a plus de petites équipes, la Biélorussie, ou Bélarus, est cependant plutôt connue pour son président que pour la qualité de son jeu au pied. Une occasion idéale et capilloractée pour un petit best of « dernier dictateur d’Europe », aka Alexandre Loukachenko. Un homme de convictions.

« Mieux vaut être dictateur que pédé »

Le ski de fond, on le sait, ça vous fait dire des choses étranges. Lors d’une compétition à laquelle il participait, il a eu cette sortie malheureuse mais totalement revendiquée, à l’encontre de Guido Westervelle, chef de la diplomatie allemande, qui l’avait auparavant qualifé de « dictateur ».
 
 

Liberté, calamité

En 1994, Loukachenko prend le pouvoir un peu par surprise, n’étant pas donné favori dans les sondages. Deux ans plus tard, il modifie la Constitution, étend son mandat de deux ans, provoquant l’ire de 89 des 110 députés du parlement biélorusse. Tous seront emprisonnés. 
 
En 2010, après seize années déjà à la tête du pays, Loukachenko brigue un quatrième mandat. Son argumentaire : les opposants sont des « ennemis du peuple […], présents partout où il est possible de nuire à l'Etat ».  Il remportera cette élection avec plus de 79% des voix, entrainant des manifestations massives dans le pays, dès le dimanche où sont annoncés les résultats. Sept des neuf opposants au président sont arrêtés. 
 

Une main de fer dans un gant de fer

La contestation, Loukachenko n’aime pas. Alors que l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE) évoque des irrégularités graves (une habitude depuis la première élection de 1994), et lorsque des milliers de Biélorusses défilent dans les rues, il envoie la police antiémeute et frappe dans le tas.
 
 

Choisir ses amis

L’un des rares soutiens de Loukachenko dans le monde est (surprise !) le président iranien, Mahmoud Ahmadinejad. Celui-ci félicite le vainqueur dès le 21 décembre, lendemain des élections de 2010, alors que des centaines de manifestants sont arrêtés : « Ces élections sont une nouvelle page dorée de l'histoire brillante du grand peuple biélorusse et démontrent son soutien à vos projets. » Un échange de bons procédés, puisqu’en 2007, Loukachenko avait invité le dictateur iranien à Minsk, et avait publiquement soutenu le programme nucléaire de ce dernier.
 
 

Y’en a des biens

S’il n’aime pas les homosexuels, Alexandre Loukachenko n’en demeure pas moins un homme de goût, et un fervent historien. Ancien instructeur politique lorsque la Russie s’appelait encore l’URSS, il a gardé en lui cette nostalgie farouche qui ne manque pas de charme. Il a par exemple décidé de rétablir un jour de travail bénévole, un subbotnik, le 22 avril, jour anniversaire de la naissance de Lénine. De Staline, il a conservé la paranoïa. 
 
Comme tous les Allemands n’étaient pas nazis, tous les soviétiques ne détestent pas les nazis. Illustration parfaite avec cette déclaration de Loukachenko en 1995, au tout début de sa longue carrière de président : « Tout ce qui est lié à Adolf Hitler n'est pas mauvais. Rappelez-vous sa politique en Allemagne. L'autorité allemande s'était accrue pendant des siècles. Sous Hitler, ce processus a atteint son point culminant. » Plus tard, en octobre 2007, lors d’une visite à Babrouïsk, il se rapproche un peu plus du Führer et affirme que les juifs « ne font pas attention à l’endroit où ils vivent »
 
 

Vol au-dessus d’un nid de coucou

La Coupe Gordon Bennett, version aéronautique, récompense des équipages nationaux de montgolfière, qui partent d’un point A et doivent arriver… le plus loin possible. Assez simple pour qui sait manier une montgolfière, sûrement. Sauf lorsque votre dirigeable essuie des tirs de roquettes d’un hélicoptère Mil Mi-24. C’est ce qui est arrivé aux Américains Alan Fraenckel and John Stuart-Jervis, le 12 septembre 1995. Les autorités biélorusses avaient pourtant été prévenues par les organisateurs, et les plans de vol avaient été respectés. Qu’à cela ne tienne, aucune indemnisation ne sera versée. Et qui parle d’excuses ? Une belle revanche sur la guerre froide, en somme.
 
 

Le (presque) président des bisou(nour)s

Le 4 juillet dernier, un avion parti de Lituanie, au service d’une agence de communication de Stockholm, survole illégalement l’espace aérien biélorusse, et parachute un millier d’ours en peluche porteurs de messages pro-démocratie, et donc anti-Loukachenko. Cette fois, les hélicoptères n’ont pas eu le temps d’abattre l’appareil.
 
Alexandre Loukachenko, on l’a vu, n’est pas homme qui rit quand il se brûle. Ni quand on le pince. Mais le côté « kromimi » de la performance suédoise ne l’a pas atteint. Il faudra attendre le 26 juillet pour que la Biélorussie reconnaisse que le parachutage a bien eu lieu. Dmitri Pakhmelkine, chef de la défense aérienne, et Igor Ratchkovski, chef des gardes-frontières, sont limogés. Dans la foulée, l’ambassadeur de Suède en Biélorussie et la totalité du personnel de l’ambassade sont expulsés.
 
Décidant, mais un peu tard, qu’on ne l’y prendrait plus, Loukachenko fait arrêter Anton Suryapin et Sergei Basharimov, suspectés d’avoir fourni une aide logistique aux « envahisseurs » suédois. Dans les faits, il apparaîtrait que Suryapin n’avait fait que mettre en ligne sur son blog des photographies des oursons. 
 

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