Les gens

Titanic : sink tank

Par Simon Duflos   
Le 16/04

Il est des centenaires qui se portent bien : le Titanic, carcasse d’acier décrépit, repose au fond de l’Atlantique Nord depuis le 15 avril 1912. Des générations d’historiens, de scientifiques, de passionnés, se sont demandé comment ce navire insubmersible avait pu couler lors de sa traversée inaugurale : erreurs humaines, défauts de conception, toutes les hypothèses ont été envisagées. Mais la vérité, comme toujours, est ailleurs : le Titanic était maudit.
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Don’t mess with the Pope

« Dieu lui-même ne pourrait pas couler ce navire. » La phrase est attribuée à un membre de l’équipage, s’adressant à une passagère sur le point d’embarquer à Southampton. Ce n’est pas le seul affront fait au Divin que les Hommes se sont permis, en ce qui concerne le Titanic. Lors de sa construction aux chantiers navals de Belfast Harland & Wolff, la coque du navire reçoit un numéro, comme c’est l’usage : le 390 904. Lu dans un miroir, ce chiffre donne « No Pope ». Les ouvriers catholiques des chantiers sont restés convaincus que cette coïncidence n’en était pas une, et que le naufrage n’était qu’une vengeance divine.

Outre le manque de canots de sauvetage, il a souvent été relevé que les premières chaloupes à quitter le pont du Titanic la nuit du naufrage n’étaient que très peu remplies (à peine 50 % de leur capacité pour les premières embarcations mises à l’eau). Mis à part le fait que beaucoup de passagers restaient incrédules quant à la possibilité d’une collision, une certaine désorganisation régnait lors de l’évacuation.
Le matin du 14 avril, veille du naufrage, était prévu un exercice d’évacuation, qui fut finalement annulé par le capitaine Smith pour ne pas perturber la tenue de l’office du dimanche. Une attention tardive qui ne le sauva pas.


Un officier marchant seul le long du Pont A ( Pont promenade supérieur).

Dans le film A Night to Remember (Roy Ward Baker, 1958), la scène d’ouverture reproduit le baptême du Titanic. Une pure fiction, puisque la White Star Line, propriétaire du navire, ne baptisait aucun de ses nouveaux-nés. Si tous n’ont pas connu le même sort, les plus dévots des commentateurs du naufrage y ont vu un signe supplémentaire de l’implication du Très Haut dans le naufrage.

Le Naufrage du Titan, où l’on apprend qu’il faut lire des livres AVANT de voyager

En 1898 est publié Futility, or the Wreck of the Titan. Son auteur, Morgan Robertson (inventeur autoproclamé du périscope), y imagine le naufrage d’un paquebot gigantesque, baptisé le Titan, qui sombre en mer, un jour d’avril, avec 2 000 passagers à son bord. Faute de places suffisantes dans les canots de sauvetage, 500 d’entre eux seulement seront sauvés. Les ressemblances ne s’arrêtent pas là, et l’on a envie de se demander si, au fond, on n’aurait pas construit le Titanic uniquement pour donner raison à Robertson.


Le jeune Robert Douglas Spedden (six ans) et son père Frederic. Ils seront parmi les rescapés.

Plus étrange - et plus cocasse si l’on veut -, le destin de William Thomas Stead, passager de première classe à bord du Titanic, publiciste et passionné de spiritisme. Stead avait une manie : celle d’écrire des histoires de naufrages, publiées dans les revues qu’il possédait. Pratique. En 1886, il narre la collision de deux paquebots, qui sombrent en faisant de nombreuses victimes, là encore faute de canots de sauvetage en nombre suffisant. Puis, à Noël 1892, il précise sa pensée, et s’imagine effectuant une traversée sur un navire de la White Star Line, le Majestic (un navire bien réel, cette fois), qui heurte un iceberg et s’abîme au fond de l’océan Atlantique. Le commandant de ce voyage fictif n’est autre qu’Edward Smith, celui-là même qui coulera avec le Titanic. Et Stead, lui, sera au nombre des victimes du Titanic.


Dans la salle de sport, le professeur de gymnastique T.W. McCawley et William Parr, électricien. Tous deux disparus lors du naufrage. 

Les prémonitions concernant le naufrage du Titanic sont légion : diseuses de bonne aventure prédisant la mort d’un passager plusieurs années avant le voyage, rêves (Graham Greene écrira en 1971 avoir rêvé du naufrage la nuit du 14 au 15 avril 1912), visions, « sentiments de peur » à l’annonce du lancement du navire, etc. Il eut fallu qu’Internet existât pour que les propriétaires du Titanic renoncent à leur entreprise

« Tu vois où ça nous mène, la folie des hommes ? »

En 1970, Ken Marshall (un peintre qui ne réalise que des tableaux du Titanic, normal) représente le Titanic lors de cette nuit fatale d’avril 1912. A l’arrière plan, on distingue une masse noire : l’iceberg assassin. Il intitule ce tableau Approaching the End of an Era. Nul doute que si le Titanic n’avait pas coulé, la face du monde en aurait été changée, et il aurait manqué à ce début de siècle un événement fondateur, symbole de la fin d’une époque. 100 ans après le naufrage, nous sommes forcés d’admettre que le Titanic représente davantage qu’un accident maritime de plus.


Télégramme de SOS du Titanic.

La Première Guerre mondiale survient deux ans plus tard, enterrant définitivement l’époque victorienne, et mettant fin à cette ère de progrès économique et technologique qui porta les rêves des constructeurs du Titanic. En lui-même, il n’était qu’une prémonition du XXe siècle. Foncer droit dans le mur en klaxonnant est devenu un sport international dans bon nombre de domaines : politique, économie etc. Les naufrages se succèdent, la liste des victimes s’allonge. En ce sens, le naufrage du Titanic est un chef-d’œuvre. C’est un naufrage parfait.

 

Les photographies ont été prises par le père Frank Browne qui fit la traversée inaugurale du Titanic entre Southampton, Cherbourg et Cohb. Arrivé à destination, il demanda à son oncle la permission le continuer le voyage qui lui répondit tout simplement par télégramme : "Descendez de ce bateau – Le Provincial".

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