Sport

À la fin, c'est l'Allemagne qui perd

Par Olivier Khar   
Le 06/02

Les équipes de France et d’Allemagne de football s’affrontent ce soir en match amical. Une énième confrontation contre nos virulents voisins d’outre-Rhin qui revêt, comme à chaque fois, un intérêt particulier sur le plan affectif bien plus que sur le plan sportif. Si les observateurs évoquent souvent le souvenir du drame de Séville en 1982, ils oublient souvent la rencontre qui trente ans auparavant opposait, pour la première fois depuis l’armistice de 1945, les équipes des deux pays.

 

Si, depuis le traité de l’Elysée ou la poignée de main Mitterrand-Kohl, le souvenir douloureux des coups de sang expansionnistes allemands sont passés au second plan, il n’en demeure pas moins que côté français, on aime gagner contre les Teutons.  À ce titre, le résumé du match  – amical lui aussi – du 5 octobre 1952 contre la nouvelle RFA,à Colombes, est fort en enseignements.

Tout d’abord, on notera que le match se déroule à Colombes, au stade Yves-du-Manoir, qui pendant la seconde guerre mondiale servait de camp d’internement à l’occupant allemand. Choix délibéré ? Hasard ? Contrainte sportive ? Toujours est-il que c’est en ce lieu hanté par ce souvenir pour le moins récent que va se jouer la rencontre. Pour l’occasion, entre 56 et 60 000 personnes se déplacent. L’ambiance, pour la saison, est surchauffée.

Il faut dire que la dernière confrontation des deux équipes - le 21 mars 1937 - s’est soldée par une lourde défaite française. Sur la pelouse du Adolf Hitler Kampfbahn, les Bleus encaissent 4 buts et repartent bouder sur la ligne Maginot. Quinze ans et une occupation nazie plus tard, il est grand temps de laver l’affront.

C’est une équipe de France sévèrement remaniée qui entre sur le terrain. À l’époque, pas de changements possibles en cours de match, et cinq nouveaux joueurs font leurs débuts. Parmi eux, Raymond Kopa, fils d’immigrés polonais, né à Noeux-les-Mines, dans le Pas-de-Calais. Un détail qui a son importance… Après l’armistice de 1940, les troupes d’occupation allemandes s’installent en masse dans le Nord de la France qui devient même « zone interdite ». Et à Noeux-les-Mines, les soldats du Reich, on ne sait comment, s’ennuient. Ils réquisitionnent donc un terrain de football pour leur usage exclusif. Le petit Raymond Kopaszewski (en VO donc), 10 ans à peine, en profite alors pour dérober à l’envahisseur ce qui sera son premier ballon de foot.

Pour rajouter une couche de ressentiment, sur le commentaire du résumé qui suit, c’est la voix de Georges Briquet qui résonne. Un pionnier du commentaire sportif qui par la suite forma les Roger Couderc, les Robert Chapatte, les Thierry Roland. Salarié de Radio Paris, il quitte la station lorsque l’occupant réquisitionne et censure les ondes.

Soupçonné d’activités suspectes, il est déporté à Dachau le 10 juin 1944. Oui, 4 jours après le débarquement. Non, George Briquet n’a pas de chance. Pas beaucoup de chance, plutôt, car il reviendra du camp d’extermination, et témoignera de cette expérience dans son livre Rescapé de l’enfer nazi. C’est donc lui qui nous livre le commentaire de ce match historique, mais tombé dans l’oubli.

 

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