Politique

Troisième guerre mondiale : 50 ans de menace nucléaire

Par Simon Duflos   
Le 18/10

« Toute guerre se sert déjà d’armes qui se retournent contre celui qui les tient » écrivait Lévinas en 1961. Ces quelques mots résonneraient plus forts et lourds quand, une année plus tard, un petit garçon de l’État du Massachusetts et son copain de l’oblast de Koursk s’adonneraient à une série de menaces verbales et territoriales dignes d’une terrifiante partie de Risk !

« J’enlève mes missiles de Cuba mais toi tu dois enlever ceux que tu as en Turquie autrement c’est pas juste ! » serait la traduction la plus convenable à cette crise militaro-diplomatique incorporée à nos manuels d’histoire sous le nom de Crise de Cuba. JFK et Nikita munis d’immenses cours de récréation et de services de renseignements adéquats, passèrent deux semaines du mois d’octobre 1962 à jouer au chat et à la souris. Mais comme dans les films de Melville, on joue sérieux ! Le contexte s’y prête, après tout : Berlin devient un centre de maçonnerie international, Cuba exporte sa canne à sucre pour des roubles au lieu de dollars… bref, c’est la guerre froide et les sangs s’échauffent (#blague_1).

Dès lors, un ballet de cargos aux chargements douteux et de messages souterrains s’engage sur une ligne d’équilibre fragile. Les négociations cessent et reprennent d’une journée à l’autre. Les cargos font demi-tour et l’on retourne gentiment chez soi, avec ses missiles. Tout cela n’aboutira pas qu’au seul "téléphone rouge" mais à une jolie et féconde paranoïa sur fond de M.A.D (Mutual Assured Destruction). Le club du nucléaire venait de se constituer.

 

La prolifération des imbéciles

Plus on est de fous plus on rit. À l’heure de cette pénible affaire caribéenne, il existait déjà deux impétrants supplémentaires : le Royaume-Uni depuis 1952, et la France depuis 1960. Véritable assomption du savoir politique et du pouvoir scientifique, l’arme nucléaire serait le sésame à obtenir pour décrocher le titre de nation civilisée. Ne manquait à ce zénith de puissance qu’une marque de clémence régalienne ; ce fut chose faite par le Traité de Non-Prolifération des Armes Nucléaires énoncé dès 1968.
 
Une non-prolifération toute mesurée, puisque l’Inde, Isräel, la Corée-du-Nord, le Pakistan, même, verront bientôt leur arsenal militaire agrémenté de la bombe A. Alors, depuis que le mur de Berlin est tombé, quid de la menace nucléaire ? Mise hors jeux, l’URSS - pardon, la Fédération de Russie - n’a pas pour autant envoyé ses missiles à la casse. Au jeu de la destruction mutuelle, mieux vaut être prévoyant. Mais la Russie n’est plus à proprement parler une menace. Non, aujourd’hui, les vrais méchants, ce sont les Iraniens.
 
mahmoud ahmadinejad lunettes nucléaire
 
Le nucléaire et l’Iran, c’est une histoire qui date du Shah. Et ce programme, comme le Shah, retombe toujours sur ses pattes (#blague_2). En 1950, les États-Unis aident le dictateur à lancer ses recherches pour se doter de centrales nucléaires. En 1979, à l’issue de la révolution, les américains décident d’arrêter les frais. Qu’à cela ne tienne, nos amis soviétiques, toujours prêts à rendre service, relancent l’affaire. Mais les rouages sont grippés, l’ONU résolutionne à tout-va et tente d’empêcher le développement du nucléaire civil en Iran, suspecté de mener en sous-main un programme militaire destiné à construire une bombe atomique. 
 
Fin 2004, le pays annonce avoir suspendu temporairement son programme d’enrichissement de l’uranium. Ce n’est qu’avec l’arrivée de Mahmoud Ahmadinejad au pouvoir que les choses s’accélèrent. Cinq jours après son élection, le 3 août 2005, la conversion de l’uranium reprend. Un an plus tard, il annonce avoir réussi à enrichir de l’uranium pouvant être utilisé dans le cycle nucléaire civil. Depuis lors, les experts américains et israéliens, les plus inquiets, cherchent à prouver que le but de ces recherches est avant tout militaire.
 

Guerre 2.0 : sortez couverts

On le sait, le président iranien n’est pas l’ami d’Israël. Appelant à la destruction de l’État hébreux, et minimisant le sort réservé aux juifs durant la dernière guerre mondiale, il est devenu l’ennemi public numéro 1 en Terre Sainte, et naturellement aux États-Unis. Dès lors, les barbouseries ont pu commencer. 
 
La mission est claire : retarder ou empêcher les recherches iraniennes concernant un programme nucléaire militaire. En 2010, le Mossad réussit à contaminer la centrale nucléaire de Bouchehr, grâce à un virus américain, Stuxnet. Ledit virus aurait pénétré le réseau intranet de l’installation embarqué sur la clé USB d’un ingénieur… russe. Sont-ils malicieux, ces espions israéliens ! Malicieux et caractériels : de 2007 à 2012, cinq scientifiques iraniens vont mourir de mort violente. Trois explosions (moto ou voiture piégée), un empoisonnement au gaz et une fusillade. Ils tombent comme des mouches et l’on n’avait vu pareil taux de mortalité depuis les témoins de l’assassinat de JFK. Toujours de mauvaise foi, Mahmoud Ahmadinejad y voit aussitôt la main du Mossad et de la CIA. 
 
 
Les dernières opérations menées par le Mossad irritent Barack Obama, en cette année de réélection. Pressé par le premier ministre israélien Benyamin Netanyahou d’établir une « ligne rouge » face à l’Iran, le président américain est mis en difficulté sur ce volet de sa politique internationale, craignant que toute action allant en ce sens n’entraîne des représailles sur les intérêts américains dans la région. Le candidat républicain à la Maison Blanche, Mitt Romney, a lui promis s’il était élu un « changement de cap » sur ce dossier. Des frappes israéliennes appuyées par l’armée états-unienne, un temps annoncées pour le printemps 2012, n’ont finalement pas eu lieu.
 
 

De Cuba à Pyongyang

La menace d’une guerre nucléaire, depuis Cuba en 1962, est devenue plus sournoise, moins visible, et moins perçue par les peuples comme une éventualité probable. Le risque nucléaire serait d’abord dans les centrales productrices d’énergie, et la catastrophe de Fukushima tend à le faire croire. En France, depuis l’arrêt des essais nucléaires en 1996, la force de dissuasion se compose de quatre sous-marins lanceurs d’engins (SNLE) – Le Triomphant, Le Téméraire, Le Vigilant et Le Terrible –, et d’avions Rafale et Mirage 2000. Chaque sous-marin dispose d’une force de frappe équivalente à mille fois Hiroshima. Pour l’instant, les voix proposant un démantèlement complet de l’arsenal se font rares.
 
Les États-Unis et la Russie, à eux seuls, disposent encore de plusieurs milliers de missiles nucléaires intercontinentaux. La Chine continue de s’armer, partant avec un net retard il est vrai sur les anciens champions de la guerre froide. L’opacité du programme nucléaire militaire chinois ne permet cependant pas d’en apprécier l’ampleur avec certitude. La Corée du Nord, quant à elle, a affirmé le 9 octobre dernier qu’elle était en mesure de frapper les États-Unis depuis son territoire. Les observateurs y voient un énième coup de bluff…
 
Du côté de l’Inde et du Pakistan, la crise de 2001 à 2002 a rappelé aux nostalgiques les bons souvenirs des duels USA/URSS : le 13 décembre 2001, un groupe armé attaque le parlement indien, tue sept personnes avant d’être anéanti. L’Inde condamne le Pakistan pour avoir servi de base arrière aux terroristes, le Pakistan masse des troupes le long de la frontière, et le ministre de la Défense indien, Yogendra Narain, met en garde son adversaire : « Nous pouvons endurer une attaque nucléaire, survire et répliquer. Le Pakistan cesserait d’exister. Il faut nous préparer à une destruction mutuelle ». La menace d’un conflit nucléaire à l’échelle planétaire s’est donc morcelée, divisée en querelles de voisinage, où les deux parties disposent de quoi désintégrer la maison d’à-côté. Face à ce risque, mieux vaut donc se préparer au pire… et acheter un bon frigidaire.
 

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