Web culture

Le tweet est un papillon du cyberespace

Par Nicolas Danet   
Le 12/03

Il faut un bestiaire des Internets. Dans l’univers de mon écran 15 pouces, il est une fenêtre attachante, Twitter. On y trouve de petits habitants éphémères du cyberespace, les « tweets », qui se déclinent en 140 caractères. Premier volet : Approche ethno-biologique et dissection d’un « tweet ».
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CC Flirck eldh

Préambule orthographique (obligatoire)

Avant de nous intéresser plus en avant sur l’espèce « tweet », petite précision quant au mot. Commençons, s’il vous plaît, par une remarque formelle : on écrit « tweet » et non un déplacé « twitt ». On ne tergiverse pas, c’est le dictionnaire d’Associated Press qui le dit. Divaguez à votre guise dans des écrits personnels ; en public, vous serez priés de respecter la règle.

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Autre chose : si, par le plus grand des hasards, vous n’avez jamais croisé de tweet, regardez par ici. C’est ce qui se fait de mieux en la matière, foi de tweet sponso. Une fois revenu, ou si vous connaissiez déjà le tweet, entamons à présent une analyse plus en détail de ce spécimen du cyberespace.

Morphologie d’un chic tweet

Cet animal est sympathique. Généralement avenant, il ne vous ennuie pas de simagrées. Il fait court, même s’il est rarement seul. La bête vit en bande, voire en tribus du genre mormons accouplés en vitesse accélérée. Mieux, la manipulation génétique des tweets est tout fait libre. Affublés de la mention « RT », pour « Re-Tweet », des millions de tweets sont des clones, tout aussi fringants que leur modèle.

L’image est osée, mais disons qu’un tweet vient rarement seul. Seule solution : l’attraper en vol. La capture d’écran est alors l’outil le plus approprié, permettant de le disséquer à son aise, et hors de son environnement naturel. Sinon, il est invariablement frétillant, comme un saumon sauvage miniature. Posé sur la paillasse, le tweet s’assagit. A le bien regarder, il se compose de trois parties identifiables mais toujours assemblées : du texte, une image et un lien hypertexte.

Petit a : le texte

Le texte, tirade fugace, se comprime en 140 caractères pour devenir parfois 1 bô txt 1congru. On trouve de jolis morceaux de littérature, du haïku au roman épistolaire moderne. Souvent des infos croustillantes, moult historiettes du quotidien, ou encore des histoires de boobs – c’est un atavisme dans le milieu.

Petit b : l’image

L’image, c’est l’avatar. Elle forme la signature génétique de l’émetteur. Le tweet est ainsi indéfectiblement lié à son créateur. Bien que le tweet ne soit pas ovipare, on trouve chez les plus jeunes de nombreux œufs, colorés comme un jour de Pâques. Pour les plus matures, une identité propre apparaît rapidement. Relevons aussi des effets de mode : dernièrement, le nez rouge sur président sortant fait fureur.

Petit c : le lien

Le lien, c’est la fenêtre du tweet. Elle est parfois recouverte d’un rideau, scientifiquement appelé « raccourcisseur d’URL ». Conséquence directe : cliquer, c’est ouvrir la porte d’un espace inconnu. Pas d’indice sur le site, son adresse étant fondue dans une suite de caractères. C’est que le tweet est fragile : impossible pour lui et ses 140 signes de supporter la charge d’une adresse aux atours baroques qui se perd en longueur.

Cette singularité morphologique permet une pratique fort amusante, comme le Rick Rolling. C’est un peu le principe du diable en boîte. Vous êtes invité, l’air de rien, à déflorer le tweet en cliquant sur son lien, sous prétexte d’une réponse à une question d’actualité. Exemple : « Voici qui est le père de la petite Dati ! » Cependant, au lieu d’arriver sur une page liée au sujet annoncé, vous vous retrouvez sur une vidéo de Rick Astley. Un phénomène apparu dans ce bouillon aussi baveux que génial, 4Chan.org (on en a parlé un peu ici chez SAM).

Le tweet est donc un être hybride du cyberespace : animal gesticulant, à la fois texte, image, et passeur vers d’autres dimensions. La pilule bleue, avec la notice d’utilisation et la tête du vendeur.

Aussi éphémère qu’un papillon

Comme sur une surface brûlante, une goutte d’eau s’évapore en un clin d’œil, la durée de vie d’un tweet est mince. Pour les analystes les plus exigeants, elle ne dépasse pas quelques minutes. Ensuite, le tweet fane et pourrit, marqué du sceau de l’infamie, conspué à coups de « old ! ». Dans un tweet, c’est d’ailleurs le lien qui flétrit le premier. Ce qui, comme le dit Alice Antheaume, est vu comme le signe ultime de la ringardise

A l’inverse, certains archéologues modernes le consomment jusqu’à trois mois d’âge. Trois mois, c’est à l’échelle twittesque ce que la période glacière est à la terre : un endroit trop froid pour que l’on ose s’y risquer. Peu nombreux sont ces archivistes digitaux, clercs méticuleux hors du temps.

Saisir le tweet au vol relève d’un art complexe, qui requiert des qualités de lépidoptéristes - vous pouvez cliquer sur le lien, promis, no rick inside.

Le plus fascinant, chez ces papillons de nuit ou de jour, c’est bien leur volatilité : mis aux arrêts, ils perdent toute leur fraicheur. Disséqué, le tweet perd de sa poésie. Ploc. Comme une goutte d’eau, il vient atterrir sur votre écran sans que vous l’ayez vraiment invité. Il bouge encore un peu, mais il a le souffle court. Il est temps d’en saisir un autre à la volée.

Les tweets sont donc des animaux numériques éphémères. Reste que nous ne savons rien de leurs géniteurs. Michaux disait dans sa prose chevaline : « D’un si petit derrière, bien peu de crottin peu sortir. » La prochaine fois, nous devrons nous interroger aux bouches qui forment ces élégants postillons. Je vous propose donc un chapitre 2 engagé, avec pour titre : « J’ai une éthique dans mon following, moi ! »

 

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