Pressing

Pressing #19 : souvenirs souvenirs

Par Marion Haudebourg   
Le 15/09

Retour sur l'événement de la semaine et son traitement dans la presse. Pressing de la semaine du 10 au 14 septembre. Au programme : la grande évasion

Quand il arrive à Libé en février 2011, Nicolas Demorand décrète que les unes de Libé devront « frapper l'oeil du lecteur. » A peine arrivé, chanceux qu'il est, il a eu toute une série de unes sur Fukushima à pondre, et on a tout de suite vu ce qu'il voulait dire (« j'ai cru à la fin du monde », « effroi », « survivre », « panique nucléaire »). 18 mois plus tard, il n'a donc pas renoncé aux unes qui font parler d'elles. Et Rotschild ne regrette pas de l'avoir embauché. Puisque le baron, propriétaire du journal, ira le jour-même dire sur le plateau du Grand Journal que cette fameuse une dédiée à Bernard Arnault est « une belle opération marketing ».

Effet assuré. Plainte de Bernard Arnault. Indignation de la droite. Le « bazz » est parti. Les rédactions internationales cherchent à traduire le titre. Plantu en fait le sujet de son dessin à la une du Monde. C'était un peu une rupture de l'entre-soi entre le journal et ses lecteurs, qui s'offusquent moins, sachant, eux, que Libé aime les jeux de mots à tout prix, même les mauvais. Qui sont encore traumatisés par le quinquennat précédent. Comme ceux de L'Huma qui avait aussi fait appel à la langue sarkozyste pour évoquer l'évasion fiscale de l'un des invités du Fouquet's.

Comme si invoquer Sarkozy servait aussi à savourer encore et toujours le fait qu'il soit parti. Finies les phrases à la con. D'ailleurs Libé en remet une couche le lendemain en titrant « Bernard, si tu reviens, on annule tout ». Ou alors, comme le pense l'Elysée, c'est une preuve de plus que la France est toujours intoxiquée par le sarkozysme. C'est ce qui expliquerait le « Hollande bashing » à la une des journaux et surtout des hebdos. « Le pays était drogué, on veut le débarrasser de cette drogue », explique, dans Le Figaro, un conseiller de l'Elysée qui, lui-même rappelle inconsciemment le « Vous en avez marre de cette racaille ? Ben on va vous en débarrasser ». Sarkozy aussi, au cours d'un off avec des journalistes en Guyane avant de se déclarer candidat, filait la métaphore de la drogue.

 

Voilà, c'est ça. On est en manque. Il nous faut des piqûres de rappel de temps en temps, pour ne pas oublier. Pour ne pas idéaliser. Et c'est là que cette presse, qui cède peu au Hollande bashing, mais n'a pas oublié ses vieux réflexes, joue son rôle. Si Libé et L'Huma titrent en «reprenant le langage de l’ennemi », c'est pour qu'on se souvienne de ce que c'était. 

 

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